Lindsay Bryden.

Une étoile est née: Lindsay Bryden, flûtiste

Native d'Ottawa, la flûtiste Lindsay Bryden termine sa maîtrise à la Royal Academy of Music à Londres, est aussi cette année premier pupitre à l'Orchestre de la Francophonie, est compositeure à ses heures, et surtout a donné - avec au piano un formidable Jean Desmarais - le récital le plus inattendu, le plus épatant, le plus exaltant. Loin, très loin, de la décevante prestation la veille de l'Orchestre de la Francophonie sous Jean-Philippe Tremblay et, en particulier de la déplorable prestation du pianiste Jimmy Brière, soliste dans le second des concertos pour piano de Brahms.
Nuit obscure avant l'aurore
Tel était le titre poétique donné à ce récital d'oeuvres pour flûte et piano et sa beauté a trouvé son équivalent dans l'exceptionnelle prestation musicale de ses interprètes. Du Merle noir de Olivier Messiaen par la Sonate d'Erwin Schulhoff au Chant de Linos d'André Jolivet et à la Suite opus 34 de Charles-Marie Widor, nous avons été éblouis par une virtuosité toute tournée en musique, par une flûte qui marie clarté d'expression, fluidité et chatoyance, où champ sonore épanoui porte avec une égale aisance graves et hautes, souplesse du phrasé et pouvoir expressif. Il y a longtemps que la flûte m'a autant impressionné. Et Jean Desmarais, véritable caméléon de l'accompagnement, était partenaire égal, alter ego dans la brillance et le bonheur de faire de la musique au plus haut niveau.
Brahms en eaux troubles
Disons que moins d'un siège sur dix était occupé salle Southam pour le concert de l'Orchestre de la Francophonie. Était-ce le fait d'une organisation défaillante? Du prix des billets? De l'expansionnisme estival de la musique de chambre. Et malgré ce côté clairsemé, les membres de l'orchestre ont joué tout feu tout flamme, corps et âme. Pressés, aiguillonnés par leur chef, Jean-Philippe Tremblay, les musiciens se sont installés dans des poussées d'exacerbation sonore, ce qui ne fait pas toujours les meilleurs concerts. Ainsi ce Boléro (réorchestré) où la longue ligne de tension disparut en trois étapes d'éruption dynamique et où la percussion trop «enthousiaste» noya la fin et la beauté instrumentale des bois de l'orchestre. La Valse, elle, arriva à péroraison quasi à mi-chemin, effaçant la désintégration finale dans le bruit à fond de caisse. Le «mouvement symphonique» d'Eric Champagne est bien sympathique, voguant entre le jeune Schoenberg et le vieux Korngold, exception faite des dzim-boum-boum d'ouverture et de clôture.
Et que dire de l'exécution du concerto de Brahms où Jimmy Brière s'est défendu bec et ongles pour ne pas se noyer dans les trois mouvements rapides, ce qui est arrivé à plusieurs reprises, en particulier dans les deux premiers mouvements. On ne peut non plus parler d'interprétation, sauf par les notes supplémentaires apportées par le pianiste en panique de remplissage et inconnues à la partition. En plus, par une exécution qui se voulait monumentale, l'orchestre a réussi à écraser souvent ce qui restait de piano chétif.
On a entendu bien mieux par Jean-Philippe Tremblay à la tête de son orchestre. Un orchestre qui, dans les bois et dans la plupart des cuivres pouvait compter sur des instruments de haute qualité, comme celui de Lindsay Brydern. Et à Jimmy Brière, je dirais ce que me confiait un jour le grand pianiste Emil Guilels lorsque je lui demandais pourquoi à 50 ans passés il ne jouait toujours pas en public le premier concerto de Brahms. Sa réponse fut: «Je ne me sens pas prêt.»