Diplômé de l'École nationale de l'humour en 2012, Alexandre Bisaillon revient au bercail tester du matériel inédit devant le public du Vieux-Hull, en compagnie de ses comparses Mikaël Dallaire et Éric Trottier, entre autres.

Une dose de rire à saveur régionale

Mikaël Dallaire, originaire de Gatineau, Alexandre Bisaillon, de Vanier, et Éric Trottier, d'Orléans, récidivent, façon Grand Theft Auto. Ces trois humoristes de la relève s'emparent samedi soir de la scène du Petit Chicago, pour la cinquième édition de leur grande soirée d'humour.
Diplômés de l'École nationale de l'humour (ENH) en 2012, les trois amis ont eu l'occasion, depuis, de fourbir leurs blagues dans les bars montréalais, au Zoofest, au Grand rire de Québec ou à la télévision, mais ils viennent régulièrement au bercail tester du matériel inédit devant le public du Vieux-Hull. Souvent entourés d'autres humoristes en herbe qui, comme le trio de tête, ont des racines en Outaouais.
Cette fois, ils prêtent le micro à Marc-Étienne Bibeau-Picard, à Patrick Guillotte, comédien improvisateur qui fera son premier stand-up comique, et à Geneviève Fortier, qui coachait l'équipe d'impro de l'école secondaire publique Louis-Riel, à Ottawa.
«C'est pour chacun de nous un laboratoire, une soirée de rodage, comme il y en a tous les soirs à Montréal, mais très peu à Ottawa-Gatineau, à part au Club Addiction - qui, dans le genre, est d'ailleurs une des meilleures places au Québec», avance Alexandre Bisaillon, qui apparaît régulièrement dans les Gags Juste pour rire.
«Et c'est aussi un party de famille, car, dans le public, on retrouve nos amis et nos parents dans une ambiance conviviale», témoigne l'humoriste de 22 ans. Avant d'avouer que, loin de faciliter l'exercice, cette connivence avec le public augmente radicalement le niveau de stress des comiques.
Le malade imaginaire
Certes, son petit coeur s'emballe vite. Et pour un rien. «Je suis un grand anxieux», reconnaît Alexandre Bisaillon, sans cacher ni sa nature «hypocondriaque» - qui guérit lentement depuis qu'il a quitté la région, mais qui demeure «le nerf sciatique de mon humour», note-t-il - ni le fait que son léger retard est dû à une séance d'ostéopathie qui s'est prolongée. Il conserve aussi au poignet le bracelet hospitalier qu'il arbore depuis son tout récent passage aux urgences. «J'ai pensé mourir. Je ne respirai plus. J'ai capoté quand l'infirmière qui prenait ma pression a écarquillé les yeux en voyant le résultat. Au final, je n'avais rien du tout. Avoir arrêté de fumer m'a rendu angoissé, je crois.»
L'humoriste compte se servir du bracelet de plastique pour illustrer un sketch mettant en scène son personnage fétiche de «p'tit gars nerveux» dont le monde s'écroule régulièrement pour des niaiseries, et qui s'amuse à voir des théories du complot un peu partout, et surtout à l'hôpital. «J'aime dérégler la réalité.»
Paradoxalemement, l'improvisation contrôlée n'est pas une source de stress pour M. Bisaillon: «J'écris sur scène, très à l'écoute de ce qui se passe dans la salle». Il ne manque aucunement d'énergie, revendiquant même un style d'humour physique dans la veine de Jim Carrey et des Rowan «Mr Bean» Atkinson, qui «habitent leurs personnages». Et adore son «métier bipolaire, qui vient avec des gros highs, des gros bas, et une petite voix qui apparaît dans ta tête pour te dire "ça, c'est bon!" ou "lâche, ç'a déjà été fait"».
Trois styles bien différents
Si l'absurde reste le dénominateur commun des têtes d'affiche, l'humour de ces «trois mousquetaires» est «très différent», énonce Alex Bisaillon.
Lui fait dans l'humour de situation et l'autodérision, en se penchant sur le quotidien anecdotique, à la façon d'un Louis-José Houde, tandis que ses complices sont «plus punchés». Éric Trottier (qui fut au générique de l'émission Moitié-Moitié, sur les ondes de TFO) s'engage sur la voix de «l'absurde intelligent», à grands renforts de faits scientifiques; Mikael Dallaire, le pince-sans-rire de la gang, met en scène «avec beaucoup d'assurance un personnage de gros timide».