Une concurrence nuisible

La députée Stéphanie Vallée a dit tout haut ce que bien des gens pensent tout bas à propos de la relance du train touristique en Outaouais. Qu'on le veuille ou non, les deux projets ferroviaires sur la table en ce moment se font concurrence et se nuisent.
Pour qu'un gouvernement provincial décide d'investir plusieurs millions dans un projet régional, il doit avoir la conviction que le projet fait l'objet d'un consensus fort. Or dans le cas du petit train, on a plutôt l'impression que les deux projets, le train vers Wakefield et le train vers Montebello, rivalisent l'un et l'autre.
Alors que la Compagnie de chemin de fer de l'Outaouais (CCFO) cherche à relancer le train à vapeur dès l'été prochain sur l'ancien trajet Hull/Wakefield, le CLD de Papineau étudie un autre projet de relance sur la voie qui relie le secteur Masson-Angers et Montebello. Une étude de faisabilité est d'ailleurs en cours et ses résultats doivent être divulgués d'ici la fin du mois.
Vu de l'extérieur, on a le net sentiment que les deux projets évoluent en parallèle. D'ailleurs, le CLD de Papineau a annoncé par communiqué le lancement de son étude de faisabilité en décembre. À la grande déception des responsables de la CCFO qui ont craint que la région se tire dans le pied en divisant ainsi ses efforts.
On a par la suite tenté d'expliquer qu'il fallait voir le projet vers Montebello comme un éventuel plan B, dans l'éventualité où il serait impossible de relancer le train à vapeur sur l'ancien trajet vers Wakefield. C'est plein de bon sens. Sauf qu'entre-temps, et c'est bien dommage, la confusion s'est installée dans l'esprit des bâilleurs de fonds.
À preuve, la présidente de la CCFO, Louise Boudrias, s'est fait interpeller deux fois plutôt qu'une à ce sujet. Le ministre du Tourisme, Pascal Bérubé, s'est informé auprès d'elle de ce qu'il en était des deux projets sur la table. Transport Québec l'a fait également. On l'a vu dans le cas de l'aréna Guertin à Gatineau: l'absence d'un consensus régional et, à plus forte raison, un climat de confrontation, nuit aux chances d'un projet régional d'obtenir l'aval de Québec.
La députée de Gatineau soulève un autre bon point. En donnant l'impression qu'elle dispose d'un plan B, l'Outaouais lance le message que rien ne presse. Or rien n'est plus faux.
D'abord, c'est l'étude de faisabilité qui nous dira si le projet vers Montebello est réellement un plan B valable.
Ensuite, le temps presse. Même qu'il est minuit moins une si on veut réellement relancer le train touristique. La CCFO ne pourra pas entretenir indéfiniment la locomotive à vapeur et les wagons qui sont sur la voie de garage depuis l'arrêt du petit train en juin 2011. Si le train n'est pas remis sur les rails dès l'été prochain, la relance serait fortement compromise, laissait entendre hier Louise Boudrias.
Le petit train à vapeur était un fleuron de l'industrie touristique régionale avant sa fermeture forcée. Tout le monde a intérêt à accorder ses flûtes et à parler d'une même voix dans ce dossier. Sinon, Québec disposera de l'excuse toute trouvée pour refuser d'ouvrir ses goussets. Quoi de plus facile que refuser un projet en blâmant les acteurs régionaux pour leur incapacité à s'entendre? Ça s'est déjà vu par le passé...