Carl Pelletier

Une CAQ minimaliste

Le parti de François Legault mène une campagne minimaliste en Outaouais, avec très peu de moyens en comparaison des libéraux et des péquistes.
Le candidat de la CAQ dans Chapleau, Carl Pelletier, m'avait donné rendez-vous à un salon de coiffure tenu par un Libanais sur la rue Bellehumeur. Il est arrivé au volant de sa voiture en compagnie de sa directrice de campagne.
Pour vous dire, la CAQ n'a même pas réussi à se trouver un local électoral. Personne n'a voulu leur en louer, aux dires de Carl Pelletier, un animateur de maison de jeunes de 36 ans. « Les gens ne veulent pas être associés à la CAQ en Outaouais, ils ont peur de déplaire aux libéraux. C'est plate, mais c'est de même que ça marche », constate-t-il en faisant la moue.
La CAQ, et son ancêtre, l'Action démocratique du Québec, n'ont jamais réussi à percer en Outaouais. Exception faite, peut-être, de la seconde place récoltée par Jocelyn Dumais dans Chapleau, justement. C'était en 2007 alors que la crise des accommodements raisonnables avait créé une vague de fond favorable à l'ADQ dirigée par Mario Dumont.
Mais depuis, c'est le Parti québécois de Pauline Marois qui a repris l'offensive sur le terrain miné de l'identité avec sa controversée charte des valeurs. Et comme François Legault refuse de parler référendum, il se retrouve sur la voie de garage depuis le début de cette campagne électorale où la question nationale prend toute la place.
Sur le terrain, ça donne ce que ça donne : un candidat motivé, mais inconnu du grand public et laissé à lui-même.
Carl Pelletier doit pratiquement tout faire seul, y compris poser ses pancartes électorales. Le candidat n'en prend pas moins son implication au sérieux. Il participe à des débats, rencontre des gens, fait du porte-à-porte. Il a aussi produit des capsules vidéo qu'il met en ligne sur YouTube. Il y commente l'actualité et parle de ses engagements.
Au moment de notre rendez-vous, il revenait d'un tête-à-tête avec un dirigeant de la commission scolaire des Draveurs avec qui il avait jasé de décrochage scolaire.
En attendant de s'asseoir sur la chaise du coiffeur, il raconte son porte-à-porte, une expérience nouvelle pour lui. Sa première rencontre a été éprouvante. « J'ai à peine eu le temps de me présenter que le gars pétait les plombs. Il disait qu'il était libéral et qu'il n'en avait rien à cirer. Ça a duré une vingtaine de minutes. Tout un baptême de feu », relate-t-il en riant, pas le moindrement découragé par cet accueil.
Carl Pelletier est né à Loretteville, mais a passé l'essentiel de sa jeunesse à Lévis, sur la rive sud de Québec. Au fil de la conversation, on apprend qu'il a été éducateur en service de garde dans une école primaire et entraîneur de hockey. Lors de la campagne de 2012, il a travaillé dans l'ombre de Luc Angers, le candidat caquiste dans Chapleau. Quand celui-ci s'est retiré, il a décidé de tenter sa chance.
Après le coiffeur, arrêt dans un resto du boulevard Gréber. L'établissement est plein de clients et les oeufs au bacon, excellents. Carl Pelletier en profite pour jaser de ses projets. Il regrette que depuis le début de la campagne, on ne parle pas des « vrais enjeux ».
« On a passé les deux premières semaines sur le référendum, c'est trop ! Les gens paient trop de taxes, il faut en parler aussi ! » dit-il. Il s'insurge aussi des révélations de la commission Charbonneau, de « l'argent volé » de la construction. « Il faut forcer les firmes à rembourser les sommes volées par la collusion », plaide-t-il.
Arrêt suivant : la résidence Sanscartier. Les locataires âgés arrivent par petits groupes à la cafétéria. Un monsieur porte un gilet du Canadien. « J'adore votre chandail », lui lance Carl Pelletier en lui tendant la main. Le gars le regarde d'un air soupçonneux : « Vous êtes de quel parti encore ? »
« La CAQ, le parti de François Legault », doit-il préciser.
« Legault ? Il est trop en retard dans les sondages pour gagner », lui rétorque un autre monsieur.
La principale carte de visite de Carl Pelletier, c'est la promesse de Legault de baisser les impôts de 1 000 $ s'il est élu. « Êtes-vous tannés de fouiller dans vos poches pour payer des impôts ? Moi aussi », lance-t-il à qui veut l'entendre.
Les gens acceptent poliment de l'écouter. Mais rares sont ceux qui promettent spontanément de lui donner leur appui.
À la salle de quilles Paris, une ligue de retraités occupe les allées. « Félicitations, ça me fait plaisir de voir que des jeunes s'impliquent en politique », lance une dame à Carl Pelletier et à sa directrice de campagne, Geneviève Tremblay-Racette.
Un autre monsieur, qui vient de faire un abat, s'approche de lui, et lui tape dans les mains.
Sur sa page Facebook, M. Pelletier écrira : « Faire des high five à des joueurs d'une ligue de quilles : priceless. »
On s'encourage comme on peut.