Le TartuffeChristopher MulderChefNicolas BourgeoisProprioEtienne Ranger LeDroit

Un voyage dans le passé au Tartuffe

Un repas au Tartuffe, c'est comme un voyage dans le temps. Pendant quelques heures, on se replonge dans le luxe douillet des années 1980, 1990.
C'est déjà très beau que le Tartuffe soit encore bien en vie. Tout a tellement changé, tant dans la restauration qu'autour du Tartuffe. Tiens, même le Musée des civilisations a changé de nom.
Il y a peu de restaurant du calibre du Tartuffe à Gatineau, ou même à Ottawa: L'Orée du bois, et le Pied de cochon. Les autres ont tous fermé: Le Sans-pareil, la Maison Maxime, le Café Henry Burger, Le Jardin, l'Eau vive, Chez Jean-Pierre, etc. Les artisans des premières heures ont passé le flambeau.
>> Cote Jury:  15/20 (cuisine 7/10, service 5/6, décor 3/4)
Gérard Fischer a longtemps été associé au Tartuffe. Arrivé dès 1990, il est devenu enseignant à l'École hôtelière de l'Outaouais. Il n'est plus qu'un partenaire discret du Tartuffe, mais son visage souriant accueille encore les curieux sur le site Internet du restaurant. À vrai dire, le sommelier Nicolas Bourgeois est le nouveau visage du Tartuffe, ainsi que le chef Christopher Mulder. On les retrouve dans cette belle maison patrimoniale de la rue Notre-Dame-de-l'Île.
Nos racines
Il est bien que les tables maintiennent une certaine pérennité. La nouveauté et le changement, c'est bien, mais cela contribue à arracher les racines de la région. Mais les restaurants sont aussi des entreprises qui doivent demeurer au diapason d'une clientèle qui, comme les chefs, a changé, évolué, vieilli, rajeuni, et qui n'a pas les mêmes goûts que la génération qui l'a précédée.
C'est en ce sens que le dîneur s'interrogera sur combien de temps pourra survivre un établissement qui offre un voyage dans le passé. Dix ans après la dernière évaluation (Cote Jury 16/20, février 2004), la cuisine ne semble pas avoir bougé. Malgré la nouvelle équipe. Étonnant!
Certes, la chaleur de la salle à manger plait. Les rideaux empesés et la riche tapisserie à motifs ont cédé leur place à une décoration allégée. Il ne reste plus que quelques oeuvres de Riopelle sur les murs, par exemple.
Sur la table, le charme des nappes empesées, de la verrerie Riedel, de la vaisselle classique, tout cela n'a pas perdu de son attrait. Mais combien de clients recherchent encore ces bijoux de la gastronomie? De la quinzaine de dîneurs en salle lors d'un récent passage, un seul couple avait moins de 50 ans. Il faut souhaiter au Tartuffe que ce n'était qu'un accident de parcours, un échantillon peu représentatif.
Le midi, le soir
Le midi, le Tartuffe dessert encore une clientèle qui veut bien s'alimenter, mais rapidement.
Le soir, le rythme de la maison ralentit autour d'une table d'hôte de quatre services entre 38 et 63$. Pas donné, mais ce n'est pas hors de prix compte tenu des standards de qualité que la cuisine s'impose. Les ingrédients sont de belle origine (pas très locaux, cependant), le pain est frais et bon, le beurre aromatisé, le service impeccable. Tous ces éléments ont leur prix.
Les cuissons plus délicates, comme la pieuvre, les haricots coco, la tombée d'épinards et les ravioles, sont toutes exactes. Il n'y a rien à reprocher aux assiettes...
Mais malgré ces atouts subsiste l'impression d'une cuisine surannée, même un peu dépassée. La mousse aux champignons, inspirée de la cuisine moléculaire, est le seul clin d'oeil au modernisme. Mais sur le suprême de poulet, la vaporeuse émulsion n'a pas sa place.
Aller au Tartuffe, c'est un peu explorer un menu que l'on a vu trop souvent. La cuisine de nos mères séduit mais au restaurant, le dîneur de 2014 s'attend à plus, à différent.
Cela ne veut pas dire que le Tartuffe doit emprunter le chemin de la mode avec un menu tapas, des assiettes de dégustation ou suivre la dernière tendance en cuisine nordique, péruvienne, hyper-locale,etc. Mais quelque chose doit se secouer au Tartuffe car les clients nostalgiques des années 1980 passeront un jour à autre chose, si ce n'est pas déjà fait.
Quant à tous ceux qui sont trop jeunes pour avoir connu cette belle époque, celle d'une cuisine de techniques françaises, allégée, adaptée aux saveurs d'ici, payez-vous un voyage dans le passé... pendant qu'il en est encore temps. C'était bien et ça en valait la peine. Vous apprécierez différemment la «nouvelle cuisine canadienne» de 2014 et cette leçon vaut son pesant d'or.
Pour deux personnes, calculez entre 80 et 100$, plus taxes, boissons et service.
POUR Y ALLER: Le tartuffe, 133, rue Notre-Dame-de-l'Île, Gatineau.
RENSEIGNEMENTS: 819-776-6424 ou www.letartuffe.com