Pierre Greco

Un village Pagnolesque au Québec

L'action du roman jeunesse Le coq de San Vito, de Johanne Mercier, se déroulait en Italie, mais le réalisateur Pierre Greco l'a transposée au Québec au moment de l'adapter en long-métrage animé.
Pour les référents visuels du Coq de St-Victor, «on s'est servi des paysages de Charlevoix, et la place centrale du village s'inspire de la Place Royale de Québec - on a juste remplacé [le buste] de Louis XIV par une statue du coq. Mais c'est un conte, alors le lieu et l'époque importent peu», soutient le réalisateur.
Le cadre rétro du film puise autant dans l'univers de Pagnol que dans le village d'Astérix, sans renier l'humour bon enfant des comédies américaines des année 1940 ou l'influence de Chuck Jones, créateur de Will e. Coyote et de nombreux Looney Toons, explique M. Greco, qui a coscénarisé le film avec Johanne Mercier, son épouse.
«L'écriture de Johanne est très Pagnolesque», indique-t-il, révélant que le personnage de Thomassin, sympathique grommeleur, est, malgré son accent fleurdelysé, un clin d'oeil direct au comédien Raimu, l'emblématique César de Marcel Pagnol.
De la production à l'animation - qui mélange le 2D traditionnel à des techniques 3D - en passant par la musique et les voix: le savoir-faire, lui, est 100% québécois.
«Je suis vraiment content du résultat: les mouvements sont très fluides, les personnages super bien typés. On a eu la chance de pouvoir compter sur l'expertise de Mathieu Boucher, notre superviseur des effets visuels, qui a travaillé pendant des années à Los Angeles. Ç'a un look d'enfer! [...] On n'a vraiment pas à rougir» de la comparaison avec les productions animées américaines, laisse-t-il entendre.
Aux manettes du projet se trouve 10e Ave productions, la boîte qui a donné naissance au premier long-métrage animé québécois, Sarila. «Mais l'animation est très différente: dans Le Coq, tout est exagéré, 'cartoonesque'. Il s'agit du tout premier cartoon long-métrage québécois.»
«Et puis Sarila avait été conçu d'abord en anglais, puis doublé au Québec; cette fois, c'est un projet francophone», souligne le réalisateur.
Une ribambelle de comédiens ont donné voix aux personnages: Anne Dorval, Mariloup Wolfe, Benoît Brière, Guy Jodoin, Gaston Lepage, Luc Guérin, Alexis Martin, Guy Nadon, Paul Ahmarani et bien d'autres.
Les comédiens, pourtant rompus à l'art du doublage, «ont été étonnés parce que cette fois, les voix ont été enregistrées avant qu'on ait les images» tournées. C'est sur le storyboard et le design des personnages qu'ils ont dû s'appuyer dans leur travail. «Et c'est à ce moment qu'on a créé les personnages, qu'on a trouvé le ton, les intonations.»
Cet «artisan» de l'image est particulièrement fier du posing des personnages, c'est à dire leurs attitudes, démarches et gestuelles, auxquelles il a prêté une attention minutieuse pendant deux ans. Car, bien davantage que le scénario, «c'est l'animation qui caractérise chaque villageois. C'est par le mouvement qu'on comprend le personnage: c'est la clef de voûte, plus encore que les expressions du visage», estime le réalisateur.
«Florence, c'est une femme monoparentale: quand elle se déplace, on voit qu'elle a l'habitude de se prendre en main; le maire de Saint-Benoît, lui, a une façon très élégante de bouger», illustre Pierre Greco, pour qui Chuck Jones reste un maître incontesté, en la matière.
Le Coq de St-Victor prend l'affiche le 21 février.