Le cycliste gatinois Michael Woods a terminé septième au Tour d'Espagne, se frottant aux Chris Froome et Alberto Contador

Un Tour fertile en émotions pour Woods

Michael Woods n'a jamais aussi bien dormi. Le cycliste de Gatineau est sorti du lit sous le coup de 10 h 30, mardi matin, deux jours après avoir complété le Tour d'Espagne.
« J'aurais pu rester couché cinq autres heures », laisse-t-il tomber au bout du fil. Ça faisait quelques jours qu'on cherchât à lui jaser.
L'ancien coureur de demi-fond, qui s'est tourné vers le vélo de compétition il y a cinq ans, est inondé de demandes d'entrevue. Ça provient du Québec, du reste du Canada et aussi de l'Europe.
Woods s'est avéré une des révélations du Tour d'Espagne. Il a terminé au septième rang du classement général à huit minutes et 27 secondes du vainqueur, le Britannique Christopher Froome.
C'est sans compter qu'il avait croisé le fil d'arrivée en troisième position lors de la neuvième étape.
« Je ne pensais jamais que ce serait une compétition si difficile. Cela dit, je suis arrivé dans une meilleure condition physique que lors du Giro. »
Le grimpeur de l'équipe Cannondale-Drapac avait fini 38e au Tour d'Italie en mai. La dernière semaine de cette épreuve avait toutefois été éprouvante.
« J'étais à sec. Je roulais sur de minces réserves de carburant. Je m'étais tellement investi en vue de courses qui avaient précédé le Giro. Je m'attendais à vivre pareille chose au Tour d'Espagne mais j'ai été agréablement surpris. »
Aucun autre cycliste canadien avant lui n'avait percé auparavant le top-10 de la Vuelta.
Michael Woods, qui est surnommé Michel Dubois à la blague par ses amis francophones, en était seulement à son deuxième départ à un Grand Tour. Il s'agit de sa deuxième saison à plein temps dans les rangs pros.
« Je suis tellement satisfait de ma performance, dit-il. Je suis tellement reconnaissant envers mes coéquipiers, le personnel de l'équipe et nos commanditaires. »
Puis, il rend hommage à B2Dix, qui lui a payé un camp d'entraînement au Colorado. « Vingt-quatre journées à rouler à 2600 mètres d'altitude. C'est la raison pourquoi je me suis pointé en grande forme au Tour d'Espagne », ajoute l'athlète qui fêtera ses 31 ans le mois prochain.
Ce qui rend l'exploit de Woods encore plus remarquable ? Il a roulé dans l'incertitude.
Les dirigeants de Cannondale-Drapac ont annoncé à la conclusion de la neuvième des 21 étapes que l'équipe allait fermer ses portes après la saison. Que des commanditaires se retiraient de l'aventure ou revoyaient à la baisse leur participation financière en 2018.
« Je peux te dire que le niveau de stress a augmenté beaucoup pour tous les coureurs et les employés de l'équipe. Quand j'étais sur mon vélo, que je roulais, je ne pensais pas à mon avenir. Je réussissais à demeurer concentré. Mais entre deux étapes, je passais beaucoup de temps au téléphone. »
Woods multipliait les appels. Des formations rivales s'intéressaient à ses services.
« Je savais que j'étais en bonne position pour me trouver un contrat ailleurs car je connais une bonne saison. Mais ça restait une très grande distraction. J'ai peu parlé à ma femme, mes parents et mes amis pendant deux semaines... »
Puis vers la fin du Tour d'Espagne, ses coéquipiers et lui ont appris que l'équipe allait survivre. Que la compagnie suédoise EF Education First s'était manifestée afin de financer la prochaine saison.
Un des premiers contrats qui a été renouvelé a été celui du cycliste de l'Outaouais.
« Ça finissait bien les choses, avoue Michael Woods, qui aura complété la compétition deux rangs derrière l'Espagnol Alberto Contador.
«C'était surréel par moment de rouler contre un gars que j'avais l'habitude de suivre à la télé. Je devais presque me pincer. Je me rappelle aussi d'une journée où j'ai partagé le même hélicoptère que Froome et Fabio Aru entre deux étapes. C'était pas mal cool
Un dernier rendez-vous l'attend avant de revenir à Gatineau. Il s'agira d'une classique italienne en octobre, et non des championnats du monde.
Woods a décliné l'invitation de l'équipe canadienne.
«J'aime représenter mon pays sur la scène internationale. Mais le parcours en question aux Mondiaux favorisera plutôt les sprinters», explique-t-il.