Un sport bien étrange

Il faisait chaud, hier matin. très chaud. Un temps humide, lourd, inconfortable. Un temps qui encourage la paresse. Comme si j'avais besoin d'encouragement à ce niveau à deux jours de mes vacances...
Donc que fait-on quand le corps est au bureau, mais que la tête est déjà au chalet? On va s'écraser dans les estrades du Complexe sportif Mont-Bleu et on regarde des matchs de frisbee ultime. N'est-ce pas ce que tout le monde fait pour passer le temps?
Je n'avais jamais assisté à un match de cet étrange sport. J'en avais vaguement entendu parler. Mais j'ignorais qu'il était aussi populaire auprès des jeunes. De là la raison, j'imagine, pour laquelle ce sport est une compétition en démonstration dans le cadre des Jeux de la francophonie canadienne qui se tiennent à Gatineau jusqu'à dimanche.
Ça semble amusant, le frisbee ultime. C'est un peu un mélange de football, mais sans contact, et de basket-ball, mais sans filet. Ce sport se joue habituellement à sept joueurs contre sept. Mais les Jeux ne faisant rien comme les autres, ce sont des compétitions à cinq contre cinq qu'on présente au Complexe Mont-Bleu cette semaine. (Déjà que je ne connais rien des règlements, voilà qu'on les modifie!).
Pour résumer bien simplement - en tout cas, de ce que j'ai compris - l'équipe en possession du frisbee doit franchir un terrain d'une cinquantaine de verges tout en se lançant le disque entre joueurs. Le joueur en possession du frisbee n'a pas le droit d'avancer en courant. Il doit d'abord passer le frisbee à un coéquipier. Donc si l'équipe parvient à franchir la ligne des buts adverses sans avoir échappé le disque ou se l'être fait intercepter, elle marque un point.
J'apprends vite, n'est-ce pas?
Non. Je ne l'ai pas compris par moi-même, vous savez bien. C'est une participante de 18 ans venue de la Colombie-Britannique, Julie Deroff, qui me l'a expliqué dans un français sorti tout droit de Paris.
Quand je lui ai mentionné que la qualité de son français était fort impressionnante, elle m'a expliqué que son père est Français, et que sa mère est originaire de la Suisse. «C'est donc important pour moi de conserver ma langue si je veux communiquer avec ma famille en Europe», a-t-elle ajouté.
Julie vient de graduer de l'école secondaire Riverside Secondary School. Oui, une école de langue anglaise.
«Mais j'étais dans des cours d'immersion, précise-t-elle. Et au primaire, j'ai étudié à l'école des Pionniers, une école de langue française.
- Est-ce difficile de vivre en français en Colombie-Britannique?
- Non, pas vraiment, répond-elle. On est une petite communauté, vrai. Mais on est proche.
- Vous êtes tricotés serrés, quoi?
- Pardon!?
- Rien, Julie, rien.»
Je suis retourné au match de frisbee ultime... que la Colombie-Britannique a remporté face au Nouveau-Brunswick, pour ceux d'entre vous qui gardez des statistiques...
<p>Sabrina Long habite à Whitehorse et est originaire de la Montérégie. Elle participe aux Jeux à titre d'entraîneure au frisbee ultime.</p>
Un autre match débutait tout de suite après, celui entre le Yukon et le Nouveau-Brunswick. (Encore? Ils seront fatigués, ces pauvres jeunes Acadiens).
Le Yukon a délégué 35 participants aux Jeux de la francophonie canadienne à Gatineau. Mais ce n'est peut-être pas en athlétisme qu'ils se démarqueront puisque l'une des participantes a la jambe gauche fracturée et elle se déplace avec l'aide de béquilles. Elle et ses coéquipiers assistaient au match de frisbee ultime pour encourager leurs amis.
Quand j'ai pris place à ses côtés en lui disant que c'était bien dommage qu'elle ne puisse jouer cette semaine, elle m'a corrigé en me disant: «ce n'est pas si grave, je ne joue pas. Je suis l'entraîneure de l'équipe». (Mais elle avait l'air si jeune!).
Elle se nomme Sabrina Long, elle est âgée de 27 ans et elle est originaire de la Montérégie, au Québec. Qu'est-ce qui l'a emmenée à Whitehorse?
«Le travail et le goût de travailler dans le nord, répond-elle. Je suis là-bas depuis maintenant deux ans. Et j'aime ça, le terrain de jeu est très beau, ajoute-t-elle en souriant.
- Est-ce difficile de vivre en français au Yukon?
- Non, bien au contraire. Il y a beaucoup de services en français qui y sont offerts. À l'hôpital, par exemple - et j'en sais quelque chose (dit-elle en pointant du doigt le plâtre collé à sa jambe) - vous pouvez être soignés en français. Le médecin ne le parlera peut-être pas, mais vous pouvez demander un interprète. Il y a beaucoup de francophiles à Whitehorse. Et dès qu'ils remarquent votre accent français quand vous leur adressez la parole en anglais, il passe au français en expliquant que ça leur donne la chance de le pratiquer. (Avez-vous entendu ça, chers amis anglos d'Ottawa?).
- Les jeunes participants ici cette semaine ont fait leurs études en français au Yukon?
- Bien sûr. À l'école primaire, c'est l'école Émilie-Tremblay. On y compte environ 200 élèves. Et elle déborde, soit dit en passant. Et à l'intérieur de cette école, il y a l'Académie Parhélie, qui se veut l'école secondaire de langue française.
- Une dernière question, Sabrina, et je te laisse regarder le frisbee ultime: c'est qui, Émilie Tremblay?
- C'est une dame venue du Saguenay. Elle fut la première femme à traverser le col de montagne du Chilkoot pendant le 'klondike', la ruée vers l'or. Elle est une pionnière qui a un peu apporté le français au Yukon.»
On en apprend des choses à un match de frisbee ultime...