Un roi, le rebelle et toute une histoir«e»

George Perec a relevé le défi d'écrire Les Revenentes en n'employant des mots contenant qu'une seule voyelle : le «e». C'était après avoir fait tout à fait le contraire dans La Disparition. Gilles Baraqué, lui, propose un réjouissant roman jeunesse mariant les deux contraintes (à quelques nuances près): La Loi du roi Boris oppose donc un roi prohibant par loi l'utilisation du «trait proscrit» dans un mot à un rebelle respecté et fervent défenseur de l'«e» et des gens.
Dans son royaume du Poldovo, le roi Boris s'ennuie. Au point d'envisager de chercher querelle au grand-duc voisin, son cousin. Mais une faute d'orthographe (Boris a écrit évidamment dans sa déclaration de guerre) viendra modifier ses plans. Voilà donc le roi traquant l'«e» partout, discussions d'amis y compris - ce qui n'est pas sans compliquer l'apprentissage des tables de multiplications pour le jeune prince Igor, quand «trois fois trois-plus-un» font «dix-plus-trois-moins-un»...
Son premier ministre, renommé officiant Principal afin d'appliquer la loi à la lettre, montera pour sa part aux barricades en inventant une langue totalement impure avec sa femme Edmée et ses filles Hélène et Thérèse. Hébété, même excédé, Kléber de Mettemberg entend déclencher l'émeute et préserver le peuple des censeurs et de ce décret.
Gilles Baraqué signe ici un petit roman où les touches d'humour et le niveau soutenu du vocabulaire utilisé forment un mélange pour le moins savoureux. La femme d'un paysan devient ainsi un «patron à jupons». Un pâtissier ne peut plus vendre de viennoiseries, mais que «du produit ayant un nom s'accordant à la loi» (soit pain, baba au rhum, biscuits, croissants...), tandis que le crémier du village doit remplacer le beurre par du saindoux. Avec pour résultat que les boutiques désertées affichent toutes non pas «fermé», mais «pas là», «fini» ou «clos» au bout de quelques jours.
Certes, certains jeunes lecteurs ne goûteront peut-être pas le côté parfois un brin verbeux des envolées des personnages. Mais il serait dommage de ne pas leur permettre de se frotter à cet exercice de style tout aussi intelligent que divertissant.
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La Loi du roi Boris, Gilles Baraqué (illustrations de Catherine Meurisse), Nathan, 144 pages
*** 1/2