Un remède pour le système de santé

Combien de ministres de la Santé sont passés en Outaouais en nous promettant de réduire le temps d'attente dans les urgences? De fournir un médecin de famille à tout le monde? J'ai cessé de compter depuis longtemps.
Pourtant hier, alors que le ministre Réjean Hébert nous faisait sa troisième visite en moins de deux ans, j'ai eu l'impression qu'il se passait vraiment quelque chose. J'ose à peine l'écrire: je vois poindre un peu d'espoir. Une petite lueur au bout de ce tunnel obscur qu'est le système de la santé en Outaouais.
En fait, on est peut-être sur le point d'assister à la plus grande vague de rapatriement des soins de santé en Outaouais depuis le milieu des années 1980. Avant l'ouverture de l'hôpital de Gatineau en 1983, quatre hospitalisations de résidents de l'Outaouais sur 10 se faisaient en Ontario. Et le Québec pompait 75 millions par année pour défrayer les soins donnés à ses citoyens dans la province voisine.
À l'époque, c'est un député péquiste, Jean Alfred, qui s'est battu pour obtenir la construction du nouvel hôpital. Trente ans plus tard, c'est encore un gouvernement du Parti québécois qui annonce la prochaine offensive pour rapatrier des soins de santé. La situation n'est d'ailleurs pas sans rappeler celle du milieu des années 1980.
Les soins prodigués en Ontario coûtent de plus en plus cher. Les remboursements de la Régie de l'assurance-maladie du Québec ont atteint 117 millions l'an dernier. Le ministre Hébert compte récupérer 40% de cette somme, qui touche surtout des services à l'enfance.
On le sait, un tiers des femmes de l'Outaouais préfèrent accoucher en Ontario. Et plutôt que de se risquer dans une urgence de Gatineau, bien des parents vont directement au CHEO pour faire soigner un enfant malade...
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Les investissements de 4 millions annoncés hier par le ministre Hébert ne sont qu'un début. Le gros morceau va suivre sous peu.
Là, tout de suite, on commence par récupérer des patients québécois qui allaient chercher des soins de santé en pédiatrie et en ophtalmologie en Ontario.
Mais d'ici quelques semaines, quelques mois tout au plus, le ministre Hébert entend dévoiler comment il rapatriera entre 400 et 500 accouchements qui se font chaque année en Ontario.
Le ministre Hébert a beau dire qu'il ne veut pas concurrencer les hôpitaux ontariens, on a la nette impression du contraire.
De toute évidence, le CSSS de Gatineau est en train de bâtir, pièce par pièce, son propre centre mère-enfant.
Un centre où une mère et sa progéniture pourront se faire suivre par des spécialistes, des premières étapes de leur grossesse jusqu'aux premiers pas de leur enfant.
Les pièces du puzzle se mettent déjà en place.
L'annonce d'hier incluait la construction d'une unité de néonatalogie à l'hôpital de Gatineau et l'acquisition de matériel pour traiter des dizaines d'enfants diabétiques. On rêve aussi d'y greffer une urgence pédiatrique.
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L'autre développement majeur qui s'en vient, mon collègue Mathieu Bélanger nous l'annonce en primeur ce matin en page3.
Des étudiants en médecine familiale de l'Université McGill viendront suivre la totalité de leurs quatre années de formation en Outaouais, et pas seulement les deux dernières années comme c'est le cas actuellement.
C'est une avancée majeure. L'Outaouais pourra former elle-même ses médecins, comme ça se fait dans les facultés-satellites de Trois-Rivières et de Chicoutimi. La région augmentera ses chances de retenir chez elle les nouveaux diplômés à la fin de leurs études. Elle risque aussi d'attirer des professeurs et des chercheurs qui sont eux-mêmes médecins.
Le projet n'est pas encore mûr pour une annonce, loin de là. Mais tous les partenaires sont d'accord. Et le rapport qui a atterri sur le bureau du pdg de l'Agence de santé affirme que c'est faisable.
Tout cela est donc de très bon augure.