Le 28 juin 2008, le policier Blais a été appelé au 16, rue Conroy pour une affaire de violence conjugale. Lors de l'intervention, le policier a tiré trois coups de feu, atteignant mortellement David Leclair.

Un procès marathon se prépare

Près de 60 témoins experts et ordinaires sont convoqués au procès du policier gatinois Pierre-François Blais, poursuivi pour près d'un demi-million de dollars par la famille de David Leclair, abattu de trois balles en juin 2008, dans le secteur Aylmer.
Le policier de Gatineau a été rapidement blanchi par le Directeur des poursuites criminelles et pénales à la suite des événements. La famille Leclair maintient que la force utilisée lors de l'intervention du policier devant la résidence familiale du 16, rue Conroy était excessive.
L'automne dernier, le comité de déontologie a servi un «avertissement» à l'agent, sans aller plus loin dans ses mesures disciplinaires. Le policier «a tenu un langage obscène ou injurieux à l'égard de David Leclair», constituant un acte dérogatoire au Code de déontologie des policiers de Québec.
Le fil des événements
Le 28 juin 2008, le policier Blais a été appelé à la résidence des Leclair pour une affaire de violence conjugale.
Essuyant le refus de David Leclair d'obtempérer, et ce, à plusieurs reprises, le policier Blais a insisté et lancé: «Get on the fucking ground!» C'est cette expression qui fait l'objet d'un reproche, selon la décision écrite du comité. Après avoir utilisé le poivre de Cayenne, sorti son bâton télescopique, puis son arme de service, le policier a tiré trois coups de feu.
Selon l'enquête, le résident enragé a agrippé une barre d'acier dans la boîte de sa camionnette et s'est dirigé vers le policier. C'est au moment où M. Leclair s'apprêtait à frapper le policier que les coups de feu ont retenti, soutiennent la Ville de Gatineau et son employé.
L'avertissement a été proposé conjointement par les procureurs du commissaire et du policier.
Tout ce qui se rapporte à la force employée n'a pas été retenu par le comité de déontologie policière. Plusieurs sources ont indiqué au Droit que le policier jouit d'une bonne réputation dans son milieu.
L'affaire se retrouve maintenant devant la Cour supérieure.
L'enjeu du procès
La famille Leclair poursuit le policier et la Ville de Gatineau pour 430000$. Elle soutient que le policier a tiré dans le dos de l'homme. «Les défendeurs, lit-on dans la requête introductive d'instance de la famille, ont commis une faute grave lorsque le policier Pierre-François Blais, sans raison, a tiré à trois reprises dans le dos de David Leclair. Ils sont, en conséquence, conjointement et solidairement responsables des dommages subis par la demanderesse.»
Faux, répondent la Ville et son policier. Les deux défendeurs rétorquent que David Leclair, après avoir refusé de suivre les ordres du policier, est demeuré agressif, dans le stationnement de la résidence. M. Leclair s'est emparé d'une barre d'acier, et, la tenant comme un bâton de baseball, a menacé le policier.
Les deux premiers coups ont atteint, en quelques fractions de seconde, les flancs gauche et droit du belligérant. Le troisième coup a atteint le dos de David Leclair qui était alors «en phase de retournement». Toujours selon les défendeurs, les versions des témoins oculaires sont altérées puisque leurs champs de vision étaient obstrués par d'autres personnes ou des véhicules.
L'employeur de M. Blais a fait produire une reconstitution en trois dimensions des événements du 28 juin 2008. «La reconstitution des postures lors des tirs permet de démontrer que cette affirmation (de la famille) est fausse, et que plusieurs protagonistes, à forte probabilité, avaient une vue obstruée du lieu de l'incident lors des tirs.»
Un expert en biomécanique, Denis Rancourt, sera appelé à préciser la nature de ses études. «La reconstitution 3D des lieux démontre clairement que M. Leclair ne faisait pas dos à l'agent Blais lors des tirs, tandis que lors du troisième tir, M. Leclair était en phase de retournement.» De plus, ce dernier «s'apprêtait à frapper l'agent Blais» et n'était pas «en phase de retourner vers la rue (Conroy)».
ldebacher@ledroit.com