Une soirée sous le signe de l'émergence, hier soir, à La Basoche avec la présence de Dominique Pinto (notre photo), alias Dom La Nena, et Piers Faccini.

Un plateau double envoûtant

Deux artistes en symbiose, voire en osmose, avec leurs instruments et leurs émotions: Dom La Nena et Piers Faccini ont offert une soirée magique, à La Basoche, jeudi. Un plateau double envoûtant, à l'équilibre finement établi entre deux auteurs-compositeurs-interprètes aux sensibilités qui se fondent à merveille, sans pour autant se confondre.
Avec un naturel tout simplement désarmant, Dominique Pinto, alias Dom La Nena, a rapidement mis la salle dans sa petite poche lorsqu'elle s'est pointée seule sur scène en deuxième partie. Elle y est parvenue d'abord en invitant les spectateurs à reprendre en choeur les refrains de Buenos Aires et de Conto de Fadas, s'assurant de leur connivence du même souffle partagé.
Puis, par le biais d'un concours de «dandinage» sur Sambinha, jouant de la fierté locale pour faire lever le public, prétextant que les gens de Québec avaient été particulièrement enthousiastes la veille. Du coup, la moitié des gens présents se sont prêtés au jeu, transformant la salle de spectacle en plancher de danse, pendant que l'autre, restée assise, ne s'en déhanchait pas moins, bien que plus discrètement.
Tour à tour, elle a chanté a cappella, se baladant entre les tables. S'est accompagnée de grelots à la cheville, au ukulélé, de chants d'oiseaux. À la guitare électrique, aussi, dont elle a entre autres joué avec un genre d'archet pour en tirer des notes étonnantes et ensorcelantes. Elle s'est bien sûr accompagnée de son violoncelle, dont elle a caressé, pincé, fait vibrer sensuellement, frotté plus vigoureusement les cordes, revisitant d'entrée de jeu Batuque sur un rythme plus syncopé ou, plus tard, Golondrina avec une mélancolie enveloppante comme les ailes d'une hirondelle. Avec Ela, Dom La Nena a ouvert grand la fenêtre sur son petit monde. Où tous ceux et celles présents se sont laissé transporter avec un évident bonheur, tantôt bercés par ses textes en portugais, en espagnol, et même en français (Djian's Waltz), «puisque vous êtes sages», a-t-elle lancé, mutine.
Solidement appuyé par le percussionniste Simone Prattico, Piers Faccini avait pour sa part lancé la soirée en instaurant une ambiance propice à la communion. Peu d'artistes peuvent se vanter de si peu bouger et d'habiter la scène autant que lui.
De ses guitares voyageant du blues aux rythmes des îles, en passant par des sonorités arabisantes, dans un folk riche de multiples accents métissés.
De sa voix, surtout, toute en nuances, passant des graves aux notes de têtes avec agilité, il chante l'homme et l'amour entre chien et loup.
L'homme à qui il manque parfois les bons mots pour s'exprimer (Missing Words). Celui qui (se) ment (Three Times Betrayed).
L'amour qui tangue (Reste la marée, sur laquelle le violoncelle de Dom La Nena a élargi des horizons à faire chavirer les coeurs). Ou celui qui fait des ronds dans l'eau (Like Water Like Stone).
Si l'on peut véritablement parler ici d'un plateau double, c'est aussi parce que les deux complices artistiques se sont rendu visite pendant leur «solo» respectif. Elle en l'accompagnant de son violoncelle. Lui en venant jouer de la guitare et mêler sa voix à la sienne le temps de Dessa Vez et la magnifique No Meu Pais.
Puis, à trois, ils ont offert «une chanson québécoise en quelque sorte», en guise d'ultime rappel: une relecture poignante de Con Toda Palabra de la regrettée Lhasa De Sela.
Le temps d'un spectacle, Dom La Nena et Piers Faccini ont fait de La Basoche leur pays. Et le public, leurs concitoyens d'émotions.