Dans Un, solo très personnel à l'affiche du CNA jusqu'à demain, Mani Soleymanlou a choisi de revenir sur ses origines.

Un, pièce d'identité

Mani Soleymanlou est de ceux qui appellent un Shah, un chat. Mais que l'on ne vienne pas le qualifier d'immigrant, lui qui a pourtant quitté l'Iran à 5 ans, est parti vivre à Paris, puis à Toronto, à Ottawa et enfin Montréal. «Je n'ai jamais voulu immigrer où que ce soit. J'ai migré malgré moi», tranche-t-il dans Un, solo très personnel à l'affiche du CNA jusqu'à demain.
En choisissant de revenir sur ses origines, le comédien - aussi auteur et metteur en scène de sa pièce - a décidé d'aller jusqu'au bout de lui-même avec sincérité.
Assis entre deux chaises - et même une soixantaine, littéralement, alignées sur le plateau - il s'interroge sur ce que signifie être iranien aujourd'hui.
Ce n'est pourtant pas une autobiographie, plutôt un voyage dans l'entre-deux: une épopée du flou identitaire, l'histoire de quelqu'un qui tente de faire comprendre aux autres d'où il vient, alors que lui-même n'est plus très sûr de ses repères.
Mani Soleymanlou organise franchement le télescopage des scènes, avec retours en arrière sur fond d' indifférence aux transitions. C'est monté cut comme au cinéma, à coup de «prochaine scène!» lancés poings levés, d'entrées à refaire et de commentaires auto appréciatifs partagés avec le public. Sous des dehors de mise en scène faite maison, l'auteur a du savoir-faire: il peut créer une connivence avec la salle sans bouger de sa chaise.
Statique la première moitié du spectacle, Mani Soleymanlou parvient néanmoins à nous captiver par son récit en retraçant la carte de son identité, de la perception variable de ses camarades de classe au fil des villes traversées à la nécessité d'expliquer l'Iran à ceux qu'il croise. Dans la foulée, il n'hésite pas à revenir sur des notions élémentaires en intitulant l'une des scènes «L'Iran pour les nuls», sans faire l'impasse sur la géographie du pays. Oui, il neige aussi en Iran.
Intermède efficace et drôle comme la moue de désabusement dont le comédien complète son expression fétiche: visage figé et sourcils exaspérés.
La liberté de ton fait mouche, même si le monologue vire parfois au plaidoyer avide de la phrase couperet. Parmi les temps forts de la prestation, on retiendra cette leçon de cuisine libanaise douce-amère, vers laquelle il faut bien tendre l'oreille pour en saisir toute la teneur.
Enfin, coïncidence des programmations entre les différents théâtres de la région, Un succède à Lapin blanc, lapin rouge de l'Iranien Nassim Soleimanpour, pièce présentée par Le Trillium la semaine dernière. Il la rédigea dans sa vingtaine alors qu'un refus d'effectuer son service militaire lui confisquait son passeport.
Deux auteurs nés en Iran, de la même génération, qui dénoncent tous deux l'oppression du pays mais adoptent des approches radicalement opposées: Nassim Soleimanpour à sa manière très particulière, allusive et métaphorique. Mani Soleymanlou de façon on ne peut plus frontale et effrontée. In fine, il sera toujours question du climat de tension et de peur, du mal-être d'une jeunesse qui veut en découdre et se faire entendre.
POUR Y ALLER:
OÙ? Centre national des arts
QUAND? Jusqu'à demain, 20h
RENSEIGNEMENTS? Billetterie du CNA, 613-947-7000 ; Ticketmaster.ca, 1-888-991-2787