Avec sa fusion de taï-chi et de danse moderne, sa pluie de 3,5 tonnes de riz safrané, ce spectacle du Cloud Gate Dance Theatre of Taïwan est sans doute le plus attendu de lasaison au CNA.

Un monument de la danse au CNA

«De ma vie je n'ai vu un public subjugué, hypnotisé par la beauté et la spiritualité d'un spectacle au point de rester vingt-cinq minutes debout», témoignait un confrère du Figaro en l'an 2000, admiratif devant la pièce Songs of the Wanderers. Un succès jamais démenti pendant deux décennies depuis sa création à Taiwan. Avec sa fusion de taï-chi et de danse moderne, sa pluie de riz safrané (3,5 tonnes, paraît-il) et ses danseurs virtuoses, l'oeuvre invite le spectateur à suivre les traces de Bouddha pour une expérience à la fois visuelle et spirituelle. Difficile de manquer pareil monument de la danse, à l'affiche du Centre national des arts (CNA) les 21 au 22 mars.
Fondée en 1973 à Taipei, le Cloud Gate Dance Theatre of Taiwan peut se prévaloir d'être la compagnie pionnière de danse contemporaine issue de la collectivité sinophone.
«Quand le Cloud Gate est né, personne ne savait comment chorégraphier, ni à quoi pouvait bien servir un technicien ou un scénographe», se souvient lointainement la directrice associée Lee Ching-Chun, désormais en tournée internationale 156 jours par année.
«À cette époque, nous étions de véritables précurseurs sur notre île isolée, et tout était à faire. Mais l'on jouissait d'une certaine curiosité de la part de la population car le fondateur de la compagnie, Lin Hwai-min, était d'abord réputé pour ses écrits; les gens se demandaient alors comment un écrivain se reconvertirait en chorégraphe!»
Les deux premières saisons du Cloud Gate sont pensées sans lendemain, «juste pour le plaisir», renchérit-elle. «Mais très vite, les gens ont voulu que l'aventure continue, il y avait un besoin criant de notre présence au sein de la collectivité.»
Un mouvement de pensée
Le chorégraphe Lin Hwai-Min a créé Songs of the Wanderers à la suite d'un voyage à Bodhaya, village ou Bouddha parvint à l'illumination, au bord de la rivière Neranjira. Il s'inspire également de Siddhartha d'Hermann Hesse et de l'ascétisme. Mais le sens du sacré, chez Cloud Gate, transcende le cadre du récit. Pour construire ses interprètes, la compagnie mise sur un entraînement complet incluant arts martiaux, Qi Gong, danse moderne et ballet, mais aussi méditation et calligraphie: au Cloud Gate, la danse est mouvement de pensée et la scène, un temple sacré.
Au-delà des enseignements pluridisciplinaires, il est surtout question de pousser les interprètes à tailler leur voie, à puiser dans leur intériorité pour ciseler leur propre langage.
«Je n'appellerai pas notre pratique, danse, parce que c'est plus profond, explique Lee Ching-Chun. C'est lié à notre force intérieure, d'où vient notre âme. Il faut atteindre un certain état de paix intérieure et de quiétude pour que le corps devienne pleinement réceptif.»
C'est une attitude, une disposition quasi spirituelle pour aller vers la liberté d'interprétation qui bâtira l'excellence de cette compagnie où la danse est devenue un théâtre de la vie.
Rares sont les chorégraphes qui s'attaquent ainsi à la racine de notions aussi improbables que l'invisible, l'intime, le mystère de soi. Pour les spectateurs qui accepteront de se plonger sans a priori dans ce rituel contemporain, cette aventure-là est possible.
POUR Y ALLER :
OÙ ? Centre national des arts
QUAND ? Les 21 et 22 mars
RENSEIGNEMENTS ? Billetterie du CNA, 613-947-7000 ; Ticketmaster.ca, 1-888-991-2787