Un geste contradictoire

Trouvez l'erreur. D'un côté, Maxime Pedneaud-Jobin réclame un siège à la Commission de la capitale nationale (CCN) pour mieux défendre les intérêts locaux de la Ville de Gatineau. De l'autre, le maire met fin à une vieille tradition en ne nommant aucun élu pour défendre les intérêts du secteur Aylmer à son propre comité exécutif.
On a beaucoup parlé de gouvernance au cours de la dernière semaine. Il y a d'abord eu cette proposition des maires de Gatineau et d'Ottawa en vue d'obtenir chacun un siège au conseil d'administration de la CCN.
Deux sièges sur 15 pour les maires de la région, je ne vois pas en quoi ça menace la souveraineté de la CCN. L'organisme aurait toujours le contrôle sur les décisions qu'elle doit prendre concernant le développement de la capitale fédérale dans l'intérêt de tous les Canadiens.
Au lieu de fermer la porte, on aurait pu examiner la possibilité de donner un siège sans droit de vote à chacun des deux maires, ce qui leur permettrait au moins de faire valoir leur point de vue lors des débats et de prévenir des dérapages comme le dossier de la rue Gamelin à Gatineau. Un dérapage, je le rappelle, qui s'est traduit par un affrontement absurde devant les tribunaux où deux organismes publics dépensaient des deniers publics pour s'entre-déchirer.
En outre, je comprends mal l'argument de Russell Mills, le président du conseil d'administration de la CCN, qui prétend que son organisme est là pour représenter les intérêts de tous les Canadiens. Et, qu'à ce titre, de donner deux sièges à des maires qui représentent à peine 4% de la population canadienne, est disproportionné. C'est oublier que bien des décisions de la CCN ont un impact direct sur la vie des citoyens d'Ottawa et de Gatineau. Des impacts que les citoyens de Calgary ou d'Halifax n'ont pas à subir.
Et puis, c'est ironique de voir Russell Mills faire la leçon de démocratie à deux maires qui ont été dûment élus par leurs concitoyens. M. Mills n'a été élu par personne, une réalité qui devrait lui imposer une certaine humilité. En faisant preuve d'autant d'arrogance dans ses propos, il contribue à renforcer le discours des maires d'Ottawa et de Gatineau.
***
À Gatineau, le maire Maxime Pedneaud-Jobin vient de poser un geste en apparence contradictoire avec les revendications qu'il fait à la CCN.
Depuis la fusion de Gatineau, en 2002, la tradition veut que le maire nomme un représentant de chacune des ex-villes au comité exécutif. Or, depuis le départ de Mike Duggan, qui a démissionné à la suite de son doigt d'honneur à un journaliste, il n'y a plus de représentant d'Aylmer à l'exécutif.
Pour le remplacer, le maire a désigné plus tôt cette semaine un membre de son parti, le conseiller de Buckingham Martin Lajeunesse. Du coup, le comité exécutif se retrouve sans représentant du secteur Aylmer.
Personne ne remet en question la compétence de M. Lajeunesse, un homme d'affaires qui saura tirer son épingle du jeu.
Il faut dire que le maire était placé devant un choix limité. Le secteur d'Aylmer compte trois conseillers. Mike Duggan s'étant exclu, il restait Richard Bégin qui occupe déjà un poste fort accaparant à la présidence du comité consultatif d'urbanisme. Et enfin la femme d'affaires Josée Lacasse, tombeuse du numéro 2 d'Action Gatineau, Stefan Psenak, à la dernière élection. Même si elle n'a jamais affiché un intérêt marqué pour un poste à l'exécutif, Mme Lacasse a dit qu'elle se serait fait un «devoir» d'accepter un tel poste, pourvu qu'on le lui offre. Ce qui n'a pas été le cas.
Dans le contexte où Gatineau est une ville fusionnée depuis 2002, est-ce qu'on a encore besoin de toujours penser en fonction des anciennes villes? Je ne sais pas si on en est rendu à ce degré de maturité dans la nouvelle Ville de Gatineau. Peut-être que cette nomination servira de test. Certaines villes ontariennes ont banni les districts électoraux et élisent des conseillers «grande ville».
D'un autre côté, le secteur Aylmer est celui qui vit l'essor le plus important des dernières années. Les maisons y poussent à un rythme affolant. Les nouveaux projets immobiliers dans ce secteur donnent souvent lieu à des affrontements, comme on l'a vu avec le projet Connaught. L'arrivée de centaines de nouveaux habitants chaque année amène d'importants problèmes de transport. À mesure que la congestion s'aggrave sur les boulevards des Allumettières et Taché, la question du Rapibus dans l'ouest deviendra de plus en plus pressante. Or en plus de ne pas avoir de représentant à l'exécutif, le secteur d'Aylmer n'a aucun conseiller à la Société de transport de l'Outaouais.
Cette décision du maire Pedneaud-Jobin d'exclure l'ouest du comité exécutif pourrait bien lui rebondir au visage un jour ou l'autre.
L'ancien maire Marc Bureau s'était fait accuser de négliger le secteur Aylmer lors de son premier mandat. Et même s'il avait pédalé pour corriger la situation, la perception qu'Aylmer était la grande oubliée de la fusion est demeurée.