Un film de chasse de filles

Un film de chasse de filles: instinct de chasseuse

Certes, l'image de Megan, 14 ans, éviscérant elle-même l'orignal qu'elle vient d'abattre, frappe. Le fait que sa très jeune soeur s'entraîne au tir (sous la supervision rapprochée d'un adulte, tout de même), aussi. Que le documentaire de Julie Lambert donne la parole à des voix féminines, voilà qui est rafraîchissant, vu l'aspect a priori «testostéroné» du sujet.
On y verra Florence, chasseuse septuagénaire, partager la fierté qu'elle a à subvenir à ses besoins carnassiers (sélection des balles en magasin, confection de la tourtière, en passant par la traque de la piste ensanglantée de sa proie blessée) sans l'aide des hommes. Et d'autres femmes de tous âges, patientes, organisées, vaillantes, ongles soignés et langue fleurie, qui bandant l'arc, qui ciselant les tripes tièdes au couteau.
Sans préjugés, la réalisatrice ne cherche ni à critiquer ni à encenser, mais à partager l'expérience de la chasse. Elle se mettra même en scène, d'abord obtenant son permis d'arme, puis, dans le bois, s'initiant aux émois des premières chasses.
Mais avait-elle besoin, au montage, de tuer le silence en ajoutant ces battements de coeur superflus, qui s'accélèrent lorsque le doigt caresse la gâchette?
On préfère quand sa caméra se fond dans le décor. Patiente et contemplative, elle vise juste. Saisit les petits détails évocateurs. Et on apprend à scruter comme elle ces paysages immobiles, espérant déceler une présence animale dans ce supermarché naturel.
Au générique
Un film de chasse de filles. Documentaire de Julie Lambert.
PROJECTIONS: Cinéma 9, salle 4; samedi 21 mars, 21h. Aylmer, salle 4; le 26 mars, 21h.