Un discours inaugural plutôt qu'un budget

N icolas Marceau nous avait annoncé le dépôt d'un budget, mais c'est bien davantage un discours inaugural ou un énoncé d'intention que le ministre québécois des Finances nous a présenté jeudi.
Un discours inaugural «ambitieux», comme dirait le vérificateur général, parce que le ministre lie le retour à l'équilibre budgétaire, annoncé pour l'an prochain, à une série d'éléments sur lesquels le gouvernement n'a pas beaucoup de contrôle.
Quand le ministre annonce, par exemple, qu'il veut négocier «une rémunération responsable» avec les 430000 employés de l'État, ainsi qu'avec les médecins, pour tenir compte de la «capacité de payer de l'État», il présume du résultat de ces négociations. Même chose pour les dividendes d'Hydro-Québec, qu'il établit sur la base de l'augmentation tarifaire de 5,8% demandée par la société d'État, une hausse sur laquelle la Régie de l'énergie n'a pas encore statué.
Il y a deux semaines, le gouvernement a rejeté des augmentations salariales recommandées par un comité indépendant pour les juges de la Cour du Québec, en prétextant l'incapacité de payer des contribuables. C'est toutefois plus facile de dire non aux juges qu'aux médecins, aux fonctionnaires ou aux employés des domaines de la santé et de l'éducation.
Il est d'ailleurs révélateur de voir le ministre miser sur une révision à court terme de l'entente salariale en cours avec les médecins, pour faciliter l'atteinte de la hausse budgétaire de 3% accordée à la santé. Il a promis que le gouvernement maintiendra cette hausse, peu importe le résultat des négociations avec les médecins. D'où viendra l'argent s'il n'y a pas entente?
Ce budget est un énoncé d'intention qui permettra aux candidats péquistes de dire que le gouvernement contrôle les dépenses de l'État, même s'il a été incapable de tenir sa promesse d'atteindre l'équilibre budgétaire cette année. L'argument sera facile à présenter dans les slogans électoraux: le gouvernement limite à 3% la hausse budgétaire accordée à la santé et à l'éducation, et il diminue les montants alloués aux autres ministères.
C'est facile à dire sur papier, mais ce sera beaucoup plus compliqué quand les coupes imposées aux ministères seront connues. On comprend pourquoi le gouvernement n'a pas déposé le livre des crédits qui aurait documenté les coupes budgétaires imposées aux ministères.
M. Marceau a prétendu hier que le statut minoritaire du gouvernement le force à attendre l'adoption de ce budget, avant de préciser les enveloppes accordées à chacun des ministères. C'est un prétexte. Le ministre sait que ce budget ne sera pas soumis au vote des parlementaires, parce que Pauline Marois s'apprête à déclencher des élections.
S'il n'a pas demandé aux ministères de soumettre leurs dépenses, c'est parce qu'il ne voulait pas voir les chiffres - et encore moins les conséquences dans les services à la population.
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Encore une fois, la plus grande incertitude entourant ce budget porte sur le contrôle des dépenses.
En novembre 2012, le gouvernement prévoyait une augmentation de 2,3% des dépenses consolidées pour l'année budgétaire en cours. En novembre 2013, la prévision est passée à 3,3%. Dans le budget d'hier, elle est à 3,7%, et on prétend ramener ce pourcentage à 2,5% l'an prochain et à 2% les années suivantes.
Souhaitons-nous bonne chance. Parce que la seule nouvelle qui a soulevé les applaudissements au huis clos budgétaire d'hier a été la victoire des filles au hockey contre les États-Unis. Cette réaction est d'autant plus compréhensible que ce budget ne fera pas l'histoire. Il ne survivra pas au déclenchement des élections et il faudra refaire l'exercice dans deux ou trois mois.
En attendant, il est bien normal de se consoler avec les prouesses de nos idoles à Sotchi... Du pain et des jeux, me direz-vous? Hé oui, ça marche encore.