Un cours d'eau pollué par les eaux usées

Dominique La Haye
Dominique La Haye
Le Droit
Les vieux égouts municipaux d'Ottawa et de Gatineau ont ensemble causé près de 2000 déversements d'eaux usées non traitées dans la rivière des Outaouais l'an dernier.
Ces rejets d'eaux souillées se produisent régulièrement là où l'on retrouve encore des égouts mixtes, c'est-à-dire dans les vieux quartiers d'Ottawa et de Gatineau.
Ce système combiné désuet reçoit à la fois les eaux de pluies et celles des excréments humains. Ainsi, durant un orage ou lors de la fonte des neiges au printemps, le système n'a pas la capacité de transporter toutes ces eaux jusqu'à l'usine d'épuration. Le surplus est donc déversé directement dans les rivières, sans traitement.
À Ottawa, en 2008, environ 300 déversements se sont produits, jetant à la rivière 677 000 mètres cubes d'eaux polluées. Toutes proportions gardées, ces déverses représentent moins d'un pour cent de toutes les eaux usées que traite la municipalité à son unique usine d'épuration, le Centre environnemental Robert O. Pickard, situé près du chemin Montréal.
À Gatineau, environ 1500 déversements d'eaux souillées se sont produits l'an dernier.
Ce nombre est plus élevé que chez sa voisine, puisque la municipalité compte 96 soupapes de sécurité permettant les déverses contre 18 à Ottawa. Un seul épisode de pluie peut ainsi engendrer 96 déversements à Gatineau.
Contrairement à Ottawa, Gatineau n'est pas en mesure de quantifier les déversements.
« Ça ne fait pas partie des priorités du ministère de l'Environnement du Québec et ce n'est pas une technologie qui est simple à installer », indique la directrice municipale du service de l'Environnement de Gatineau, Louise Lavoie.
« Nous sommes tenus de vérifier toutes les soupapes au moins une fois par semaine et une douzaine de nos soupapes, les principales, sont munies d'un système de télémétrie nous indiquant la durée du déversement », ajoute-t-elle.
Mme Lavoie précise qu'une vaste étude traçant le portrait de l'ensemble des égouts sanitaires et pluviaux de Gatineau sera dévoilée à la fin de juin.
Cette étude permettra de faire l'inventaire des besoins de la municipalité pour ses infrastructures d'égouts et les coûts s'y rattachant.
Nouvelles technologies à Ottawa
À Ottawa, le directeur municipal du service des eaux et des eaux usées, Dixon Weir, indique que des améliorations de 20 millions $ apportées au système entrant en vigueur au printemps 2010 permettront de réduire de 65 % les déverses dans la rivière des Outaouais.
« Avec les nouvelles technologies, nous allons être en mesure de réguler le volume d'eau en temps réel dans les égouts mixtes et pouvoir le maximiser et le répartir dans les différentes conduites avant que les eaux non traitées ne puissent être jetées à la rivière. En moyenne, nous déversons 405 000 mètres cubes d'eaux souillées par année. Ce nombre chutera ainsi à 140 000 mètres cubes », explique-t-il.
Le gestionnaire du service de drainage et du traitement des eaux usées d'Ottawa, Michel Chevalier, ajoute qu'une étude conjointe entre les deux villes et la Commission de la capitale nationale (CCN) sortira ce printemps et peindra le portrait environnemental d'un important segment régional de la rivière. Cette étude permettra à Gatineau et à Ottawa de développer une stratégie pour améliorer leur réseau d'égouts.
« On mesurera l'impact des effluents, des ruisseaux, des sorties pluviales, de celles des deux usines d'épuration des deux villes dans la rivière des Outaouais, entre les chutes Chaudières et jusqu'à l'île Petrie dans l'est. »
Pollution
Même si dans l'ensemble, les experts environnementaux s'entendent pour dire que la rivière des Outaouais est en assez bonne santé - meilleure qu'il y a 30 ans, avant que n'existent les usines d'épuration et que ne soient renforcées les règles sur les papetières dans les années 1990 - certains indicateurs démontrent que l'eau est néanmoins polluée.
Selon le groupe de protection de la rivière, Sentinelle Outaouais, c'est entre les chutes Chaudières et le barrage Couillon qu'on retrouve le plus de restrictions provinciales sur la consommation du poisson en raison d'une forte présence de mercure et de métaux lourds.
Le groupe répertorie aussi une quarantaine d'espèces en péril - plantes, poissons, oiseaux, reptiles - dans le bassin versant de la rivière des Outaouais.
Enfin, l'été dernier, à Ottawa, où des tests d'eau sont effectués quotidiennement, les plages Britannia, Westboro et Petrie, en bordure de la rivière des Outaouais, ont été fermées à la baignade pour un total de 41 jours en raison d'une forte présence de la bactérie E. coli.