Le Capital, de Costa-Gavras

Un Capital non sans intérêt

Inspiré du roman de Stéphane Osmont, qui a connu de l'intérieur les rouages de la haute finance, Le Capital permet au réalisateur Costa-Gavras (Amen, Missing, Z) de renouer avec certains des thèmes creusés dans Le Couperet, où le cinéaste dénonçait déjà l'avidité des entreprises et la glorification du profit au détriment du travail. Le Capital lui permet d'internationaliser son point de vue.
De Paris à la City londonienne, en passant par les marchés américains, les filiales japonaises, les financements des Émirats, les actionnaires occultes et les comptes off-shore, le réalisateur, gauchiste avoué, s'en prend au cancer qui ronge le système capitaliste.
De nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer l'aspect caricatural du portrait. On leur accordera qu'il a probablement fallu tourner certains coins ronds pour réussir à condenser en moins de deux heures ce thriller financier ambitieux, dans lequel flotte Gad Elmaleh en patron de banque calculateur, énigmatique personnage dont on ne sait trop s'il est terre à terre ou paranoïaque, brillant ou idiot, héroïque Robin-des-Banques ou sans scrupule, respectable ou arriviste.
Ses collaborateurs-prédateurs l'ont parachuté président de leur multinationale pour mieux - restons poli - le voir tomber. Voyant le vent venir, même s'il ne sait pas précisément distinguer ses amis des traîtres, il va rapidement se rebiffer, tenter de tirer son épingle du jeu et mettre tout le monde à sa botte.
À nos yeux, le problème du Capital ne réside pas dans les archétypes utilisés pour montrer et démonter les engrenages d'un système qui ronronne comme une nébuleuse, en se souciant aussi peu de l'éthique que de la loi. C'est avant tout la dimension humaine, centrale au Couperet, qui fait défaut ici. Dans ces ambiances luxueuses mais glacées, au milieu de tous ces personnages qui, petits ou grands (ou invisibles, dans le cas des actionnaires), affichent la même froideur et la même vénalité, l'émotion passe mal.
Le capitalisme, personnage principal
Le film ne recherche pas l'empathie du spectateur, pas plus que son protagoniste n'attend le respect ou la compassion de quiconque, tant que le « chien » - l'argent - dont il est maître lui rapporte des bénéfices. Au lieu de servir de cadre, le capitalisme devient le personnage principal, reléguant au troisième plan la dimension dramatique. En outre, les trois pôles féminins, diamétralement opposés, qui gravitent autour du banquier auraient pu être mieux exploités, ou clarifiés. Ça reste intéressant, mais on ressent peu de choses. Du coup, la diatribe dénonçant « la dictature des marchés » et les magouilles des « marcheurs » perd une grande partie de sa force.
Ce qui ne signifie pas qu'elle perd sa pertinence.
À voir lorsqu'on est convaincu d'avance par la morale à tirer des Wall Street, Rogue Trader, Ma part du gâteau et autre Le Loup de Wall Street, car cette fable est du même tonneau, féroce et cynique. À éviter si les termes corruption, stock-option, robots traders, plan social, délocalisation, OPA, actifs toxiques, etc., vous donnent de l'urticaire. C'est plutôt dense en jargon financier, et le thriller tarde à décoller. Mais Costa-Gavras devait forcément installer les nombreux étages de sa tour de verre, avant d'y porter les premiers coups de pied.
--
Le Capital. De Costa-Gavras.
Avec Gad Elmaleh, Gabriel Byrne.
***