Tu peux pleurer Jeannette

Quand trop, c'est trop...
Ce sont les premiers mots qui me sont venus en tête en entrant dans ce restaurant-bar du marché By.
Mais avant de vous parler de l'endroit, entendons-nous d'abord sur ce qui est «trop, c'est trop». En voici quelques exemples.
- Un troisième Walmart à Gatineau... trop, c'est trop.
- Un souper du jour de l'An après la veille trop bien arrosée du jour de l'An... trop, c'est trop.
- Véronique Cloutier et/ou Gregory Charles... trop, c'est trop.
- Céline Dion au Banquier... trop, c'est trop.
- Les partisans du Canadien de Montréal qui rêvent à la Coupe... trop, c'est trop.
- La neige tombée en décembre et le froid glacial des derniers jours... trop, c'est trop.
- Le maire de Toronto Rob Ford... trop, c'est trop.
- Le «McRib» du McDonalds... trop, c'est trop.
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Voilà pour les exemples de l'expression «trop, c'est trop».
Revenons maintenant à ce restaurant-bar du marché By, à Ottawa.
Petite journée au travail, mardi dernier. C'était le 31 décembre, pas de publication du Droit le lendemain et un personnel réduit à son minimum. La salle des nouvelles, qui bourdonne habituellement comme une ruche d'abeilles, a pris des allures d'un silencieux salon mortuaire.
«Tu viens luncher avec nous?, me demandent trois collègues. On va au restaurant Real Sports, sur la rue George. On mangera en regardant une période ou deux du match Canada-États-Unis du Championnat mondial junior. La partie a débuté à 11h30.
- Oui, pourquoi pas. Je n'ai jamais été à ce restaurant.»
Bien que les bureaux du Droit soient situés dans le marché By où les restaurants sont innombrables, je prends très rarement le lunch à l'extérieur de nos bureaux. Trop cher et trop de temps pour un simple dîner, me dis-je habituellement.
Mais en cette veille du jour de l'An, pourquoi pas? Donc cap sur le Real Sports Bar & Grill.
Et c'est en mettant le pied dans ce restaurant que les mots «trop, c'est trop» me sont venus.
Trop de quoi, demandez-vous?
D'abord, trop de bruit. La place est bondée de «fous du hockey» qui sont venus encourager en gang l'équipe junior canadienne. Et le bruit de la foule se mêle au bruit des télévisions pour créer une cacophonie quasi insupportable.
Les télévisions maintenant... Et c'est ici que l'expression «trop, c'est trop» prend tout son sens.
Il n'y a pas une télévision au Real Sports. Pas deux non plus, pas dix et pas vingt. Mais bien 99 écrans de télé qui décorent chaque pouce carré des murs!
Et il y a un 100e écran dans cet endroit. L'écran-maître, si on peut l'appeler ainsi. L'écran géant. L'écran colossal. L'écran démesuré.
Il s'agit d'un écran à haute définition de - tenez-vous bien - de 27 pieds carrés! La «patente» est haute de deux étages!
Elle est tellement grande que vous n'avez pas l'impression d'être dans l'aréna où se joue le match, mais bien sûr le banc des joueurs.
Un peu plus et le coach vous tape sur l'épaule pour que vous sautiez à votre tour sur la patinoire.
Le match était enlevant. Nous étions en troisième période, le Canada ne menait que par un maigre but avec quelques minutes à jouer et les Américains menaçaient lorsque... ah non, pas maintenant. Le «p'tit coin» m'appelle. Ou comme disait le personnage Ti-Coq de Gratien Gélinas: «je dois aller faire pleurer ma Jeannette». Pas le choix.
Mais ai-je raté une seule seconde du match? Non. Pas une seule. Parce qu'à ma grande surprise, des écrans de télé se trouvaient au-dessus de chaque urinoir de la salle de bain des hommes!
Vous pouvez donc... comment dirais-je? Vous pouvez donc vaquer à vos occupations, mettons, tout en regardant la partie.
Ma seule crainte était que le Canada compte un but et que je me mette par réflexe à sauter de joie pendant que Jeannette pleurait...
Le Canada n'a pas compté. Les États-Unis non plus. Et le match s'est terminé par une victoire de 3 à 2 pour nos «p'tits gars».
Un bon lunch. Un bon match. De la bonne compagnie. Un écran de 27 pieds carrés. Et une partie en direct des toilettes.
Comme quoi «trop, c'est trop» fait parfois bien notre affaire...