Trop timide pour être M. Météo

Quelle bonne idée, me suis-je dit, en lisant le premier paragraphe d'un courriel que m'a fait parvenir ma collègue de Radio-Canada, la reporter-météo Chantal Plouffe.
Voici ce qu'elle me racontait:
«À Radio-Canada Ottawa/Gatineau dans les prochaines semaines, on invite des personnalités à venir faire la météo avec moi. Les personnalités sélectionnées proviennent des milieux politique, sportif et culturel. L'objectif est de rencontrer des personnalités de la région dans un contexte différent puisqu'elles devront présenter les détails de la météo.»
Vraiment bonne idée. J'ai bien hâte de voir ça.
Des «milieux politique, sportif et culturel», a écrit Chantal. Donc j'ai bien hâte de voir le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, nous annoncer qu'il neigera demain. Ou encore celui d'Ottawa, Jim Watson. Je me demande si ce dernier s'assurera d'apporter son drapeau franco-ontarien avec lui. Mais le pauvre pourrait confondre le trille blanc sur «notre» drapeau avec l'arrivée du printemps.
Du milieu sportif, j'aimerais voir le «coach» des Olympiques de Gatineau, Benoît Groulx, remplacer Chantal Plouffe, le temps d'un bulletin de nouvelles. Je l'imagine nous annoncer le temps qu'il fera demain à la manière qu'il engueule ses joueurs après une défaite honteuse. Radio-Canada devra prévenir ses téléspectateurs que la scène qui suit pourrait contenir un langage inapproprié pour les enfants.
Et du milieu culturel, qui de mieux que le jeune magicien gatinois, Daniel Coutu, pour jouer le reporter-météo? Il est à l'aise devant les caméras, il est drôle et volubile, et il pourrait faire disparaître l'hiver!
Mais enfin. Peu importe qui Chantal Plouffe invitera pour faire le bulletin météo à sa place, ça risque d'être plutôt amusant.
Donc en lisant le premier paragraphe de son courriel, je me suis dit que Chantal m'annonçait cette nouvelle pour que j'en fasse part dans ma chronique.
Heu... pas vraiment. Pas du tout même.
Et j'ai tout compris en passant au deuxième paragraphe de sa missive. Le voici:
«Tu me vois venir, Denis? Hi! Hi! Hi! Accepterais-tu de passer environ deuxheures en ma compagnie dans le but d'être reporter-météo d'un jour? Nous prévoyons un maximum de deuxheures de tournage, incluant une présence en ondes à la radio pour annoncer la venue de nos invités. On peut faire ça la semaine prochaine quand ça te conviendra.»
"*
La belle affaire.
Je n'aime pas dire «non merci» à une collègue. Mais dans ce cas-ci, je n'ai pas vraiment le choix.
Je suis d'une timidité maladive et je suis certain que j'aurais des réactions cutanées dans les jours qui précéderaient ce bulletin de nouvelles.
C'est toujours comme ça. Dès qu'un peu de stress se met de la partie, dès que ma timidité est mise à l'épreuve, ma peau réagit.
C'est parfois un gros bouton sur le bout du nez. Parfois une démangeaison écarlate dans le cou. Et, bien sûr, il y a toujours un bon vieux feu sauvage toujours prêt à s'éclater.
Et dans ce cas-ci, s'il fallait - ô misère - que je doive présenter le bulletin météo en direct à la télévision, ma dermatologue serait sûrement appelée d'urgence en studio.
Et vous me voyez comme «Monsieur Météo»? Moi, non. Je serais complètement perdu devant cet écran bleu-vert.
Je vous annoncerais la température qu'il fera demain à Maniwaki, et mon index pointerait, sur la carte derrière moi, vers la ville de Flin Flon au Manitoba.
Ou je vous dirais quelque chose comme: «voici le temps qu'il fera demain à Gatineau, comme vous pouvez le constater sur la carte». Et on entendrait le réalisateur à l'arrière me crier: «Gratton! C'est parce que t'es planté debout devant Gatineau sur la carte, espèce de zouf!».
Je ne connais rien dans les systèmes de basse et de haute pression. Ne serait-ce que la haute pression que je ferais lorsque la lumière rouge de la caméra devant moi s'allumerait pour m'indiquer qu'on tourne et que je me retrouve soudainement dans le salon des téléspectateurs.
Vrai que par les temps qui courent, il n'est pas tellement difficile de prédire la météo. «Il fera froid et il neigera demain, mesdames et messieurs. Comme hier, comme avant-hier, et comme les deux derniers mois. Bonne soirée et à demain. À toi Mathieu!».
Donc tout ça pour dire que je suis vraiment désolé, ma chère Chantal, mais je dois décliner ton invitation.
Je serais incapable de faire ce que tu fais d'une façon si professionnelle soir après soir.
Puis de toute façon, je n'ai pas grand-chose de politique, de culturel ou de sportif en moi. Je ne suis qu'un simple chroniqueur qui aime bien partager son opinion, ses «p'tites» histoires et ses crises existentielles, mais par écrit et caché derrière son ordi.
Et a bien y penser, Chantal, qui crois-tu que les gens préféreraient regarder dans leur salon à 18h? Toi ou moi?
Poser la question c'est déjà y répondre...