Trois mois de prison pour un amour «trop fort»

Le harcèlement incessant d'un ancien étudiant amoureux d'une employée de l'Université du Québec en Outaouais (UQO) lui vaut un premier séjour en prison, malgré l'absence d'antécédent judiciaire.
Le juge Gaston-Pierre Langevin, de la Cour du Québec, a reconnu la culpabilité de Constantin Assa Odou, un Montréalais autrefois inscrit à l'UQO.
M. Odou est tombé follement amoureux d'une employée de l'institution, et a multiplié les invitations et les mots tendres à son endroit. L'affection qui est devenue obsession lui vaut trois mois de prison.
Les mots doux n'ont aucunement charmé la femme, qui lui a d'abord indiqué qu'elle n'était pas intéressée, l'hiver dernier. Elle lui a répété les mêmes propos pendant plusieurs mois.
La situation était à ce point inquiétante pour la femme que la direction de l'UQO a banni l'étudiant pour une période de cinq ans.
Mais M. Odou a insisté. Il lui a envoyé des cartes, des chansons et des courriels, insisté pour la voir à l'UQO - où il la raccompagnait à sa voiture -, trouvé son numéro de téléphone personnel et son adresse. Pour la St-Valentin, il lui a fait parvenir des fleurs par messager, puisqu'il n'avait plus accès au campus. En mai, il s'est rendu chez elle et l'a rejointe à une séance d'entraînement. Ses amies ont repoussé l'homme trop insistant.
Prétextant qu'il pouvait lui parler - se croyant seulement dans l'interdiction de lui écrire -, il a multiplié les appels chez la femme, et visité son domicile, alors qu'il transportait sa fille de cinq ans dans sa voiture.
Des accusations ont été déposées, puis la cour lui a interdit d'entrer en contact avec la femme, après son arrestation, en mai.
« Sentiments trop forts »
Lors de son enquête sous cautionnement, ce printemps, il a répondu au juge qu'il ne respecterait pas ses conditions de remise en liberté - soit celle de ne pas communiquer avec la femme - si le juge lui accordait son droit de sortie. Il affirmait que ses sentiments étaient trop forts.
Le juge a répondu du tac au tac qu'il demeurerait donc derrière les barreaux, en attendant son procès, qui a eu lieu hier.
« Il est malade, a dit la femme au juge Langevin. Depuis le début, je lui dis qu'il a besoin de se faire soigner. » L'homme lui aurait par ailleurs répondu que le seul thérapeute dont il avait besoin, c'était elle.
La femme s'est dite heureuse de pouvoir compter sur son employeur, ses amies, ses enfants et son conjoint. « Si ça reste comme cela, dit-elle, il y aura d'autres victimes. Il a besoin d'aide. »
Le juge a accepté la majorité des demandes de la procureure de la Couronne, Me Marie-Josée Genest.
Aux trois mois de détention s'ajoutent deux années de probation, l'interdiction de mettre le pied dans le district judiciaire de l'Outaouais et sur tous les campus de l'UQO. Il ne devra pas communiquer avec la victime et son entourage - dont les employés de l'université - et suivre une thérapie jugée utile par son agent de probation.
« Je suis un peu dépassé par les événements, a dit M. Odou, qui a demandé pardon et présenté ses excuses. Il a juré ne pas causer d'autres soucis à la femme. « Madame s'est sentie blessée, et ce n'était pas par mauvaise intention. C'est un sentiment que je n'ai pas su bien gérer. »
Le juge Langevin n'a pas changé, de son côté, ses sentiments envers l'accusé. Il a rappelé que depuis des mois, le même homme s'est acharné sur la même personne, malgré son refus de le fréquenter. Même lors de son enquête sous cautionnement, en mai, il avait maintenu qu'il voulait toujours parler à la femme.
Un dossier pour harcèlement impliquant le même homme a été ouvert à Laval, a aussi appris le tribunal.