Trois hommes, leurs guitares et leur blues

Matt Andersen, Kim Churchill et Steve Hill proviennent d'horizons différents, n'ont pas le même âge, mais partagent une passion commune pour la musique (le blues en particulier) et, plus encore, pour leurs guitares. Rencontre au sommet avec trois artistes qui se préparent à partager la scène du Théâtre du Musée canadien de l'histoire, samedi soir.
<p>Kim Churchill</p>
Kim Churchill
À 23 ans, l'Australien fait entendre sa musique et ses «jumelles» à six cordes aux quatre coins de la planète.
«Je rêvais d'avoir une guitare fabriquée par David Churchill, avec qui je n'ai aucun lien de parenté, soit dit en passant!» clame Kim Churchill dans un large sourire.
«Mais j'étais loin d'en avoir les moyens...» renchérit-il.
En 2010, l'achat d'une première pièce du luthier d'origine anglaise, installé en Australie depuis 1971, a toutefois permis à l'auteur-compositeur-interprète de mettre la table pour la suite des choses: la conception sur mesure de deux guitares «identiques».
Ses «meilleures amies», voire ses «enfants», comme il les appelle, sont adaptées à sa réalité de one-man band, «avec trois prises pour brancher divers éléments électriques ou électroniques». Outre cette spécificité, elles sont notamment aussi faites du bois «provenant du même cèdre de l'île de Vancouver», à la demande expresse du musicien.
«Quand j'en joue, c'est comme si j'entrais en dialogue avec quelqu'un. Mes guitares font surgir de moi des choses dont j'ignorais l'existence jusqu'à ce que je me mette à en faire de la musique... Mes chansons sont donc les produits de ces conversations. Je ne voudrais surtout pas devoir acheter une autre guitare: j'aurais l'impression de tromper ma femme!»
Quant au blues, bien qu'il prenne aujourd'hui des accents pop, il demeure «la connexion la plus honnête et directe avec l'âme. C'est le genre le plus proche du coeur, puisqu'il part de quelque chose de brut et d'authentique: les luttes et peines de ceux qui l'ont d'abord chanté», fait valoir Kim Churchill.
Même s'il lancera son troisième album, Silence/Win le 1er avril prochain seulement, l'Australien présentera quelques-unes de ses nouveautés, samedi soir.
Steve Hill
Sa première guitare, c'est lui-même qui l'a faite, dans un cours de menuiserie, en troisième année du primaire.
«J'avais pris cette option parce que je me disais qu'une guitare en plywood, c'était mieux qu'une raquette de tennis pour m'accompagner dans mes shows de lipsynch
C'est néanmoins au piano qu'il commence à jouer de la musique, trois ans plus tard, «parce qu'il y en avait un à la maison et parce que je ne pensais pas qu'un p'tit gars de Trois-Rivières Ouest pouvait faire carrière avec une guitare». À 13 ans, il troque une fois pour toutes le clavier pour les cordes. À 15, il met sur pied son premier groupe. À 16, il commence à se faire entendre dans les bars. À 18, il gagne déjà sa vie avec la musique.
«Je trippais Hendrix, Clapton, Led Zeppelin, The Who et AC/DC. La guitare, c'est comme une voix: je pouvais reconnaître qui jouait dès les premières notes.»
À l'instar de Mark Knopfler de Dire Straits, Steve Hill joue sans pic.
«J'aime le contact direct de mes doigts sur les cordes.»
Comptant toujours une trentaine de guitares chez lui, il en trimballe cinq sur la route, «chacune accordée de façon différente» pour répondre à ses besoins en cours de prestation.
Selon la nature de ses projets, l'une ou l'autre prend l'avant-scène. Pour Solo Recordings. Volume 2, qu'il vient de lancer, l'auteur, compositeur et interprète a choisi sa Gibson Les Paul Jr. 1959, dont il jouera ce soir, puisque cette rencontre au sommet donne en quelque sorte le coup d'envoi à la prochaine année et demie de tournée solo.
Quant à son blues à lui, il se mâtine de rock.
«Je m'intéresse plus à l'essence du blues qu'à sa forme, parce que je n'aime pas du tout le blues qui devient une excuse pour faire des solos interminables. Et cette essence, elle tient à l'émotion d'une chanson, à des notes assumées, pleines de vécu.»
Matt Andersen
C'était il y a environ neuf ans. Le Néo-Brunswickois venait de briser sa guitare. «Je me suis alors rendu dans une boutique spécialisée, où j'ai choisi une Lakewood, une marque dont j'avais entendu parler», se souvient le principal intéressé.
Dès les premiers accords, la magie a opéré sous ses doigts: «Cette guitare fait partie de moi depuis...»
Car s'il en accumule «plusieurs» (sans préciser combien) à la maison, Matt Andersen ne part en tournée qu'avec seulement deux guitares. Incluant, bien sûr, sa précieuse Allemande aux cordes d'acier.
«C'est ma partenaire, l'autre moitié du groupe, puisque je suis toujours seul sur scène!»
Il a beau avoir déjà joué de la trompette, entre autres, rien ne vaut pour lui le plaisir de jouer de la guitare, qui lui permet de chanter en même temps.
«Et puis, renchérit-il, je viens des Maritimes où il coule presque de source d'avoir une guitare à portée de main dès qu'il y a un rassemblement entre amis ou dans la famille!»
Matt Andersen est par ailleurs entré en contact avec le blues par l'entremise de Stevie Ray Vaughn et BB King.
«C'est à partir d'eux, de leur musique, que j'ai creusé le genre», mentionne celui qui a grandi en écoutant du folk, du country et du rock'n'roll. Autant de genres qui teintent aujourd'hui son blues à lui, dans un «assemblage d'influences» rendant compte de son enfance.
«En fait, pour moi, le blues, c'est de la musique folk qui 'groove'», soutient-il.
L'actuelle mini-tournée à trois lui aura permis, lors de la première de mercredi, de rencontrer pour la première fois le Québécois Steve Hill. Et de partager la scène avec lui et Kim Churchill, qu'il connaissait déjà. Après leur portion solo respective, ils vont «se retrouver ensemble pour jammer en rappel, c'est sûr!» promet Matt Andersen.