Dans le cas du viaduc de l'autoroute 5, qui surplombe le boulevard Saint-Joseph, près du boulevard Mont-Bleu, la dernière inspection de routine remontait à 26 mois. Dire que je passe sous ce viaduc tous les jours...

Tout un morceau de glaçage

Je ne sais pas si vous avez remarqué l'emploi du mot «esthétique» par Transports Québec pour décrire le béton de recouvrement qui menace de nous tomber dessus lorsqu'on roule sous un viaduc.
C'est ce qu'on lisait dans LeDroit d'hier matin. Que le ministère québécois des Transports (MTQ) a fait des interventions «d'ordre esthétique» sur cinq viaducs de l'Outaouais. Tout ça moins d'une semaine après la chute d'un fragment de béton sur l'autoroute 40 à Montréal. Voyez, a dit le MTQ, la structure des viaducs n'est pas touchée. Seulement le béton de finition qui la recouvre. Qui est comme le «glaçage sur le gâteau», a expliqué une porte-parole du MTQ dans une entrevue à Radio-Canada.
Le glaçage sur le gâteau! Voilà une bien jolie expression pour désigner quelque chose d'aussi laid et banal que du béton. Pour un peu, on en oublierait presque que c'est la chute d'un bloc de béton «esthétique» qui a tranché en deux le capot d'une voiture sur l'autoroute 40 la semaine dernière. Une fraction de seconde plus tard, la situation virait au drame pour les deux passagères.
Tout un morceau de glaçage, oui...
Dans la foulée de cet incident, le MTQ a ordonné l'inspection de 605 structures au Québec. En Outaouais, on a inspecté 23 viaducs pour vérifier si le béton de finition tenait toujours en place ou s'il s'était effrité en raison des écarts extrêmes de température des dernières semaines. Le «glaçage» des viaducs a nécessité des interventions immédiates à cinq endroits dans la région. Les responsables du ministère nous assurent maintenant que la situation est sécuritaire.
Voilà, vous êtes rassurés? Moi, pas tout à fait.
Transports Québec donne l'impression de réagir rapidement aux événements. C'est bien là le problème. Il ne fait que ça, réagir. Comme après l'effondrement du viaduc de la Concorde à Laval. Comme après l'effondrement des paralumes du tunnel Ville-Marie à Montréal. Comme après les révélations sur l'état de décrépitude de l'échangeur Turcot. Et comme aussi le pont Champlain, toujours à Montréal, celui-là de juridiction fédérale.
Comme s'il fallait toujours une tragédie - évitée ou non - pour le pousser à inspecter davantage ses infrastructures qui se détériorent à une vitesse exponentielle, selon les experts.
Prenez les cinq viaducs qui ont fait l'objet d'«interventions esthétiques» en Outaouais.
Dans le cas du viaduc des Hautes-Plaines, la dernière inspection de routine remontait à plus de 18 mois. C'est écrit noir sur blanc dans le rapport en ligne. Et dans le cas du viaduc de l'autoroute 5, qui surplombe le boulevard Saint-Joseph, près du boulevard Mont-Bleu, elle remontait à 26 mois. Dire que je passe sous ce viaduc tous les jours...
Transports Québec a beau prétendre qu'il n'attend pas que les accidents se produisent pour agir, c'est l'impression qu'il donne. La chute du fragment de béton sur l'autoroute 40 a été le déclencheur des inspections en Outaouais. Des inspections qui ont donné lieu à des interventions immédiates du MTQ. On nous assure que ce type d'inspection se fera dorénavant après chaque situation de gel-dégel.
Je devrais être content, non?
Pour l'instant, j'ai plutôt l'impression d'avoir joué de chance. Le premier morceau de glaçage a décidé de s'effondrer sur l'autoroute 40, plutôt que sur le boulevard Saint-Joseph, à Gatineau. J'ai beau faire, j'ai surtout le sentiment de l'avoir échappé belle.