Arianne Côté, 14 ans, est en rémission d'une leucémie diagnostiquée il y a maintenant deux ans.

Tout est dans les yeux

Même si elle est plus jogging que vélo, la chanteuse Luce Dufault a accepté de pédaler 300 kilomètres en deux jours pour une bonne cause.
Elle était sur la ligne de départ du tour cycliste Charles-Bruneau, hier matin, à Gatineau, au profit des enfants malades du cancer.
En maillot et cuissard de circonstance, elle appréhendait un peu la difficulté de l'épreuve, ce qui ne l'empêchait pas d'être d'humeur espiègle...
«Bonjour, je m'appelle Annie Brocoli», s'est-elle présentée à moi en riant.
J'ai compris que parmi le groupe de 24 coureurs, l'un d'eux ne la connaissait pas. Malgré Starmania, malgré son Félix, malgré ses nombreux albums, il la confondait avec... Annie Brocoli, la chanteuse pour enfants.
Luce Dufault a décidé d'en rire et a promis une interprétation bien sentie de Germaine, la grenouille végétarienne à leur arrivée à Boucherville cet après-midi. Bref, voilà pour un aperçu de l'atmosphère bon enfant qui régnait sur la ligne de départ au square de la Cité, tout près de la Maison de la culture de Gatineau.
Le tour Charles-Bruneau en est à sa 19e édition. Et pour la première fois cette année, des départs se faisaient d'un peu partout au Québec.
Le groupe principal est parti mardi de Rimouski avec, à sa tête, le chef d'antenne au réseau TVA, Pierre Bruneau. Et hier, d'autres groupes sont partis de Gatineau, Sherbrooke et Québec. Tout ce beau monde a rendez-vous à Boucherville en fin d'après-midi aujourd'hui.
L'an dernier, l'événement a permis d'amasser 2,7 millions$.
***
Chacun des groupes a un héros ou une héroïne pour l'inspirer.
À Gatineau, c'est Arianne Côté, 14 ans, qui joue ce rôle. La jeune fille est en rémission d'une leucémie diagnostiquée à l'âge de 12 ans.
Les enfants ont parfois cette étonnante faculté de prendre les choses les plus tragiques comme elles viennent, sans trop s'en faire avec l'avenir.
Arianne est de cette trempe-là.
Une jeune fille discrète, toute en douceur, mais au coeur vaillant.
Luce Dufault l'a rencontrée lors du souper organisé la veille du départ.
«Sa mère me disait que lorsqu'Arianne a eu son diagnostic, tout ce qu'elle a entendu du médecin, c'est: tu peux guérir à 100%. Il s'est dit d'autres choses dans le cabinet du médecin ce jour-là. Mais elle, elle est restée avec cette idée-là.»
La chanteuse ne peut s'empêcher d'admirer cette sagesse enfantine.
«En tant qu'adulte, on va juste prendre le négatif. Lorsqu'on reçoit des mauvaises critiques, ça vient coller à nos tripes et colorer notre vie. La beauté avec les enfants, c'est qu'ils gardent juste le positif. Ils rident là-dessus.»
Puis elle a ajouté: «Tu vas voir, Arianne ne parle pas beaucoup. Mais tout est dans ses yeux.»
***
Mais Arianne était fort sollicitée et donnait une entrevue à la télé. Je suis allé voir ses parents, Nicolas Côté et Claudine Frenette. Ils m'ont raconté les premiers traitements au CHEO à Ottawa, puis les 10 semaines difficiles à Sainte-Justine pour la greffe de moelle osseuse.
Même aux pires moments de la maladie, la détermination d'Arianne est demeurée intacte. «Arianne n'a jamais pensé qu'elle pourrait mourir, dit son père. Elle pouvait être très malade, passer une nuit entière à vomir. Et au médecin qui lui demandait comment ça allait le lendemain matin, elle répondait invariablement: ça va bien.»
«C'est elle qui nous a gardé la tête hors de l'eau», confirme sa mère.
Au centre de cancérologie Charles-Bruneau, le personnel infirmier a été impressionné par l'attitude positive d'Arianne. «Ils nous appelaient la chambre d'amour», reprend le père qui a apprécié l'appui des amis de la famille lorsqu'ils ont gardé leurs trois autres enfants durant cette période difficile.
***
Arianne est arrivée sur les entrefaites. Souriante, mais gênée de parler à un journaliste. Elle a dit qu'elle se sentait bien, qu'elle était heureuse de recommencer la gymnastique.
Un des cyclistes lui a fait cadeau d'un nouveau vélo. Elle se promettait de rouler les premiers kilomètres avec le groupe pour les encourager. J'ai dû lui arracher chaque mot de la bouche tellement elle est timide. Comme l'a si bien dit Luce Dufault, voilà une fille de peu de mots.
Mais ses yeux disaient tout son bonheur.