La pièce Confidences trop intimes est présentée au Théâtre de l'Île, à Gatineau, jusqu'au 1er mars.

Tout dire sans tout entendre

Une personne peut-elle tout dire ? De son côté, son interlocuteur est-il obligé de tout entendre ? Et si oui, à quel prix ? C'est là l'essence des Confidences trop intimes qui résonnent entre les murs du Théâtre de l'Île depuis hier, et ce jusqu'au 1er mars prochain.
Lorsque William (Dave Jenniss) lui ouvre la porte de son bureau, Anna (Catherine Rousseau) est convaincue d'entrer dans le cabinet du Dr Monnier, le psychanalyste chez qui elle a pris rendez-vous. William met quelques instants à comprendre la méprise de la femme... sans pour autant le lui dire : Anna vient de lui avouer ses problèmes de couple et, troublé par ses confidences, le conseiller fiscal n'ose tout simplement l'interrompre pour lui expliquer qu'elle a frappé à la mauvaise porte.
Entre le faux psy et la vraie patiente s'établit dès lors une drôle de relation. Qu'ils poursuivent même après qu'Anna ait réalisé son erreur et confronté William sur sa véritable identité et la nature réelle de son travail. Voire pendant que ce dernier continue de fréquenter Jeanne (Marie-Ève Fortin), qui l'a déjà pourtant quitté cinq fois plutôt qu'une, et que le quadragénaire (qui a peut-être son lot de fantômes à gérer) se mette à suivre une thérapie chez le fameux Dr Monnier (Marc Agostini), son voisin de palier.
Jusqu'où William et Anna pousseront-ils la comédie et les secrets ? Lui réussira-t-il à couper une fois pour toutes les ponts avec son ex ? Elle trouvera-t-elle la bonne robe pour aller avec ses souliers ?
Catherine Rousseau donne à Anna, d'abord fragile, une assurance plus affirmée au fur et à mesure que sa démarche psychologique déteint sur la démarche physique de son personnage. Son français châtié prend toutefois ici et là des accents plus familiers qui détonnent par moments.
Pétri de doutes quant à l'attitude professionnelle à suivre et les sentiments qu'il semble éprouver pour Anna, William donne ici l'occasion à Dave Jenniss (vu dans L'Amour à l'agenda et V comme canard l'an dernier) de livrer sa prestation la plus convaincante et nuancée.
Cela dit, on croit moins aux échanges entre son personnage et celui de Jeanne. Il faut dire que les instants les plus savoureux surviennent lors des rencontres entre le Dr Monnier et le conseiller fiscal. Notamment parce que Marc Agostini se glisse avec aisance (entre autres par le biais d'une gestuelle juste assez étudiée pour faire sourire et non sombrer dans la banale caricature) dans le costume du psychanalyste un brin roublard.
La mise en scène de Magali Lemèle fait par ailleurs un clin d'oeil au fait Confidences trop intimes a été un film avant d'être transposé au théâtre. Elle emprunte habilement au cinéma les fondus au noir pour bien marquer et rythmer les transitions entre les scènes, figeant les mouvements des personnages avant qu'ils ne repassent à l'action, une fois la lumière revenue.
Elle tire également profit du décor minimaliste, où une porte s'ouvre sur une cuisine, une autre sur un placard et une autre encore sur le corridor de l'immeuble, par exemple. Le recours à une plate-forme rectangulaire surélevée permet par ailleurs de découper efficacement l'espace scénique, et au regard des spectateurs de rester focusé sur les personnages, leurs expressions et tics, leurs rapprochements et leurs distances.