Chez El Camino, les tacos forment l'ancre d'un menu dont Matthew Carmichael avait offert un avant-goût chez Sidedoor

Tous les chemins mènent chez El Camino

Plusieurs restaurateurs crient que les temps sont durs. Pas Matthew Carmichael. Son restaurant El Camino fonctionne à plein régime depuis son ouverture, l'été dernier. Les gens font la queue, six jours par semaine.
Il faut une dose de talent, d'intuition et de chance pour créer un commerce qui répond si bien aux attentes. Le chef Carmichael possède les deux premiers et a été béni des dieux pour la chance.
Les foodies savaient qu'il avait du talent. Pendant cinq ans, il a fait d'Eighteen l'une des tables d'Ottawa les plus intéressantes culinairement parlant d'Ottawa (Cote Jury 17,5/20, octobre 2008).
En 2012, il a tourné la page et conçu El Camino. Il a converti un triste demi-sous-sol en un lieu branché dont tous les affamés ont depuis appris l'adresse.
Autour des tacos
Chez El Camino, les tacos forment l'ancre d'un menu dont il avait offert un avant-goût chez Sidedoor (Cote Jury 16,5/20, mai 2011) qu'il a mené brièvement de front avec Eighteen, un défi pas trop compliqué parce que les deux établissements cohabitent dans le même édifice.
La demi-douzaine de tacos que le chef Carmichael a conçus ont généré un buzz incroyable en ville. Les clients, surtout des jeunes, font la file le midi et à la fermeture des bars pour avaler un ou deux tacos à prix d'ami (4$) que l'on commande d'une fenêtre adjacente à l'entrée.
La salle à manger est d'ailleurs fermée, le midi, et la fenêtre à tacos est la seule option pour vivre l'expérience El Camino.
À la mode
Les tacos ont frappé l'Amérique comme une tonne de briques. En deux ans, cette spécialité mexicaine s'est faufilée grâce à la bouffe de rue. On ne les garnit plus de viande hachée en sauce, de laitue et de fromage: l'imagination du chef est la seule limite. El Camino les propose à la langue de boeuf, au poisson frit, à l'agneau,etc. Les ingrédients sont bien préparés, les garnitures très fraîches, les couleurs et les textures bien agencées. Chez El Camino, par exemple, on aime le radis en fines tranches pour sa couleur et son croquant, les arachides grillées, le chou rouge.
Ces tacos qui, il faut l'avouer, se mangent malproprement, les doigts dégoulinants de gras, de sauce. Mais qui dit qu'il fallait toujours être élégant à table?
Aucune réservation
En soirée, aucune réservation. Les gens font la queue à l'entrée, ou laissent un numéro de téléphone où un préposé les contactera lorsqu'une table se libère. C'est une bonne idée d'aller prendre un verre ailleurs, ou d'arpenter le quartier car l'attente peut être très longue, surtout les vendredis et samedis. Les estimations du personnel sont souvent dans le champ. Si l'on dit 20 ou 45 minutes, calculez le double. Soyez avertis.
L'aspect caverneux de la salle à manger s'estompe lorsque la vie s'y anime. On ne remarque plus les murs de ciment brut, le noir enveloppant du plafond, du long bar qui serpente dans la salle. La musique forte assourdit à peine les voix des clients, le choc des ustensiles, le bruit des barmen qui préparent drink après drink.
Assiettes de dégustation
Le menu du chef Carmichael comprend huit assiettes de dégustation (9 à 15$). Comme pour les tacos, son talent consiste à livrer des assiettes réconfortantes et appétissantes à défaut d'être esthétiquement belles et léchées. Des nachos garnis, ce n'est pas beau... mais fichtrement bon. Et culinairement recherché car c'est plutôt ce que les Mexicains appellent «chilaquiles» où les nachos sont remplacés par des tortillas.
Cela fait très comfort food. Il y a des dumplings cuits vapeur puis servis croustillants, le très populaire ventre de porc («pork belly») qui marie gras et sauce lime-caramel. C'est gagnant.
Deux desserts complètent le menu, abordables (4 et 5$). Ce jour-là, une tarte à la limette et des churros, autre emprunt à la cuisine mexicaine, bâtonnet de pâte frite puis généreusement saupoudrée de sucre. Léger? Pas vraiment. Croquant et doux? Absolument. Bien fait? Exact.
On aura sans doute deviné que le menu n'est qu'en anglais (au moins a-t-on l'excuse qu'il change souvent). Le service? Ça dépend. Il faut vérifier, vous pourriez être satisfaits.
Pour deux personnes, calculez entre 70 et 90$, plus alcools, taxes et service.
Pour y aller: El Camino, 380, rue Elgin, Ottawa, ON. Renseignements: 613-422-2800 ou www.eatelcamino.com
Cote Jury 16,5/20