Bernard «Rambo» Gauthier s'est présenté à la commission Charbonneau vêtu d'un chandail rayé rouge et blanc qui le faisait ressembler au personnage de Où est Charlie.

Ti-Ben, le tyran

On a beau savoir que c'est un matamore qui n'hésite pas à user d'intimidation pour faire régner sa loi sur les chantiers de la Côte-Nord, Bernard «Rambo» Gauthier est plutôt habile pour se montrer sous un jour, disons, favorable. J'allais presque dire sympathique, tant son langage coloré porte à sourire.
Chose certaine, le représentant syndical de la FTQ-Construction a prouvé qu'il sait se défendre à sa première journée de témoignage à la commission Charbonneau. Volubile, confiant, il ne sera pas une proie facile. Surtout lorsqu'il se dépeint, comme il l'a fait hier, comme le défenseur des ouvriers de son coin de pays.
Il s'est présenté à la commission Charbonneau visiblement nerveux, vêtu d'un chandail rayé rouge et blanc qui le faisait ressembler au personnage de Où est Charlie. Lorsqu'il a prêté serment, le fier-à-bras était si embarrassé qu'il s'est mis les mains sur les hanches comme un enfant pris en défaut.
Mais il a vite repris son assurance lors de la première partie de son témoignage qui consistait à mieux faire connaître son parcours professionnel.
On a appris au passage que son surnom de Rambo ne lui vient pas de ses années dans l'armée. Il tire plutôt son origine de l'époque où il se cachait sous une roulotte d'Hydro-Québec pour espionner les conversations de son employeur et les rapporter à son syndicat. Un surnom que les médias ont popularisé, à tort selon lui.
«Les gens m'appellent plus souvent Ben ou Ti-Ben», a-t-il précisé.
Voyez, il n'est pas si terrible. Il a même un surnom cute.
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Ti-Ben, donc, qui s'est retrouvé représentant syndical à une époque où les comités de chômeurs réglaient les conflits sur les chantiers de la Côte-Nord «à coups de bâton, de claques sur la gueule et de coups de pied dans le cul.»
Il fallait quelqu'un pour mettre de l'ordre là-dedans. Quelqu'un comme lui, a-t-il expliqué. «Ça prenait quelqu'un qui allait torquer ça, qui ne s'en laissait pas imposer.» Sous son règne, il a triplé le membership de son unité. Avec l'idée de jouir d'un meilleur rapport de force: «On va se faire respecter icitte», promettait-il.
Rambo a perfectionné un système pour s'assurer que la main-d'oeuvre locale se trouve du boulot sur les chantiers de la Côte-Nord. Les entrepreneurs de l'extérieur devaient cogner à la porte du local 791 s'ils ne voulaient pas s'attirer d'ennuis. Rambo coordonnait leurs besoins de main-d'oeuvre pour leur éviter de payer des pensions.
Et c'est là que toute l'histoire devient beaucoup moins.
Lors de témoignages, on a vu des entrepreneurs en construction, des hommes réputés durs à l'ouvrage, pleurer comme des enfants en racontant les méthodes d'intimidation musclées dont ils ont été victimes de la part des sbires du Rambo de la Côte-Nord. Des méthodes de bandits.
Or Bernard Gauthier, qui se plaint de ce que les médias le traitent injustement, est venu confirmer hier l'existence de cette intimidation rapportée dans les reportages.
Comme à la belle époque, et c'est Rambo lui-même qui nous explique ça, les entrepreneurs récalcitrants ont droit à la visite d'un comité de chômeurs.
De gros bonshommes qui doivent, en principe, éviter de proférer des menaces ou de faire preuve de brutalité.
«Il faut que ça dégénère juste un peu pour faire passer le message. Je leur dis d'éviter les contacts physiques et les menaces. Mais quand ils sont partis, je ne peux plus rien faire.»
Rambo a beau se dépeindre comme le défenseur des ouvriers, il est surtout un tyran.
Un tyran qui, contrairement à d'autres témoins de la commission Charbonneau, défend autre chose que son compte en banque.
Mais un tyran quand même.