The Killers ont terminé une soirée bien remplie, hier, au Bluesfest d'Ottawa. Le groupe originaire de Las Vegas était précédé de Cypress Hill.

The Killers dans l'ivresse du son

Sans salamalecs, avec un sérieux déconcertant, The Killers a démarré sa prestation sous les décibels euphoriques de Mr. Brightside, l'un de ses premiers hits. C'était il y a dix ans, mais nombreux étaient les festivaliers qui se souvenaient des paroles comme si c'était hier.
Il faut dire qu'avec son rock alternatif d'amplitude, le groupe possède un répertoire bâti pour séduire des champs de spectateurs, comme ce fut le cas hier soir au Bluesfest ou au Festival d'été de Québec, où ils viennent de se produire. Même le silence entre deux chansons semblait assourdissant.
À Ottawa, malgré la distance qu'inspire l'impassible leader Brandon Flowers, on pouvait scruter la bête rock de plus près grâce aux écrans géants installés de part et d'autre de la scène.
Tout de noir vêtu, d'abord en veste Pefecto puis en chemisette, le chanteur a livré une performance intense tirée au cordeau.
Ici, tout est joué à l'énergie, avec une sorte de rectitude sans aspérité à laquelle semble adhérer la voix parfois brisée, sombre, de Flowers ; une interprétation qui tend parfois au spleen révolté, à l'impulsivité viscérale.
Sans aucune baisse de régime, remonté à bloc, le chanteur courait aux extrémités de la scène, quand il ne sautait pas sur place ou n'exultait dans son micro encouragé par cinq excellents musiciens.
Peu d'indolence dans ce système radical de mise en transe collective : d'imparables riffs, des rythmes imposants, de discrètes volutes de synthés et des mélodies prenantes qui ressuscitent une série de tubes, parmi lesquels Somebody Told Me et Smile Like You Mean It ou encore The Way It Was. The Killers fait montre d'une bonne descente rock et trouve facilement écho dans la foule. Il n'a peut-être pas inventé la poudre mais il parvient à rallier les masses sans difficulté. Le public ne se fera pas prier pour reprendre en choeur plus d'une chanson.
Avec un mélange de nouveaux titres et d'anciens, la constance musicale est à chercher dans une fureur térébrante à faire vibrer les vitres du voisinage.
Cypress Hill
En première partie de soirée, les vétérans de Cypress Hill, groupe rap formé en 1988, ont tenu leur rang avec un show dense et direct. Poings levés, marijuana au bout des doigts, les rappeurs californiens n'ont pas boudé leur plaisir sur scène, invitant les festivaliers à les imiter. Ce fut peine perdue pour les quelques policiers qui circulaient dans les rangs ce soir-là. Leurs avertissements pour refréner les émanations illicites sont parties, elles aussi, en fumée. Les fans ont pu ainsi retrouver sereinement - et sur un petit nuage - les racines hispaniques si distinctives du groupe, les flows inimitables du chanteur B-Real, ainsi qu'une séquence de scratch dans un éclair de plaisir pur.