The Great Novel: l'esprit de la route américaine

Basé à Montréal, mais constamment sur la route, le quintette folk The Great Novel vit sa vie de band avec Jack Kerouac dans l'âme et le rétroviseur, un pied sur la pédale littéraire, l'autre sur le gaz, à la conquête d'horizons «américains» à travers le Québec, l'Ontario et le Nouveau-Brunswick.
Son van s'arrête au Petit Chicago ce soir, dans le cadre de la tournée The Northern Ramblers Road Show, qui permet aux cinq musiciens de partager la scène avec un autre songwriter prometteur, le Torontois Greg McEvoy. Un van, voire un «train», plein à craquer. «Contrebasse, batterie, quatre guitares, banjo et mandoline... pour un groupe de folk, on a beaucoup d'instruments», énumère Endrick Tremblay, le chanteur-guitariste et harmoniciste de The Great Novel. «On est donc forcés de se traîner avec notre 'train' - une caravane et un gros trailer en arrière», pour contenir le stock.
À l'occasion de cet arrêt en Outaouais, on comptera un wagon de plus. Cerise sur le sunday, l'auteur-compositeur et poète Gatinois Patrick Lac (accompagné de son complice scénique Kent Kataoka) les rejoindra au Petit Chicago.
1 056 km en 24 h
Endrick Tremblay aime la route. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne commet jamais d'impair géographique. Le jeune homme a récemment booké - par erreur - deux spectacles en deux jours, l'un à Sherbrooke, l'autre à Windsor, Ontario, pensant qu'il s'agissait de Windsor en Estrie. 1 056 km d'asphalte, avalés en moins de 24 h. «Le groupe m'en a voulu un peu... mais on a bien rigolé, pareil», avoue le chanteur, d'un rire plus jovial que piteux. Comment fait-on? «Pas le choix: on doit se lever avant le soleil... et, évidemment, on arrive après lui. Faut ce qu'il faut, pour la musique!» Depuis, la tâche de caler les shows au calendrier incombe à leur gérante.
Endrick Tremblay ne s'en plaint pas: «je peux désormais me concentrer sur la musique, qui est plus ma force», de convenir celui qui a la responsabilité d'écrire les chansons. «J'arrive avec des paroles, une idée d'air et d'accords, puis le groupe a carte blanche pour transformer ça, parfois du tout au tout, et amener ça plus loin. C'est vraiment un travail d'équipe; quand vient le temps de trouver des arrangements de voix ou des mélodies pour la mandoline et le banjo, là on me perd complètement, et c'est le talent de mes collègues qui embarque.»
Ses acolytes, ce sont Gabrièle Côté (percussions), Pascal Bonneville (mandoline, banjo), Tristan Forget-Brisson (batterie) et Marc-Olivier Tremblay Drapeau (violoncelle). «Des gens sérieux, mais qui ont aussi beaucoup de créativité, et le côté vagabond [nécessaire] pour partir à l'aventure», ex­prime le chanteur.
Dylan, Kerouac et Twain
M. Tremblay est un rêveur d'espaces littéraires. D'où le nom. «On a trouvé que notre processus créatif prenait racine dans les textes. C'était aussi un moment de ma vie où, après avoir joué du blues et un peu de rock, je voulais faire quelque chose de plus mélodique et plus créatif. Et où j'étais beaucoup influencé par Bob Dylan et la littérature américaine, Kerouac et Mark Twain, notamment.» Piger ce nom, qui est une référence au 'Great american novel', était une belle façon de rendre hommage à Twain, explique-t-il.
Si ses membres sont tous francophones (originaires de Tremblant, pour la plupart d'entre eux), la voix de The Great Novel ne s'exprime qu'en anglais.
Grâce à un ami ontarien, «j'ai découvert très jeune la culture folk anglophone, et j'ai toujours trouvé qu'elle était très riche. Puis je suis tombé dans le cinéma américain et la littérature. Chaque langue porte en elle son propre champs lexical, une saveur... et j'aime cette saveur de poussière, l'ambiance des westerns et de la prohibition, ou celle de San Francisco ou New York, dans les années 1960. C'était cet univers-là qu'on avait envie de mettre en scène.»
Le groupe est assez jeune, mais les «romanciers» ont eu le temps de concocter un disque et trois EP, dont le dernier, Buffalo Trace, est paru en juin dernier.
La bande travaille présentement sur un projet de trame sonore pour une série de reportages traitant de Kerouac, prévue pour diffusion à l'antenne d'Ici Radio-Canada.
«Un bel honneur», reconnaît le chanteur, confirmant du bout des lèvres une information qui n'a pas encore été officiellement dévoilée par le réseau public. Il prendra soin de ne rien en divulguer, à part qu'«on est venu nous chercher, parce qu'on savait que ça rentrait dans notre couleur musicale, dans notre démarche artistique, et que le projet nous tiendrait à coeur.»