Skrillex, de son vrai nom Sonny John Moore, se produisait rarement à des événements qui n'étaient pas entièrement consacrés à la musique électro. Mais il est tombé sous le charme du public d'Ottawa en 2012

Skrillex, danse machine

Plusieurs fois par semaine, à Las Vegas, Londres, Ibiza, Tokyo, il déplace la nuit sous le signe de la transe. Skrillex revient au Bluesfest d'Ottawa le 8 juillet prochain accompagné de son homologue Diplo. Chronique de la vie d'un DJ à la longue mèche rebelle qui a su imposer un style métallo-punk sur la planète électro.
Son objectif: faire danser les spectateurs, les plonger dans un état que seul «le beat» peut leur apporter, un état hypnotique proche de la transe. Et comme si cela ne suffisait pas, les effets de lumière stroboscopiques achèveront d'anesthésier le cerveau, laissant place à la sensation du son qui vous passe à travers le corps. C'est le rituel électro auquel avaient eu droit les festivaliers du Bluesfest, il y a trois ans, lors d'un passage remarqué de Skrillex à Ottawa. Jamais avait-on vu telle foule se presser aux Plaines LeBreton; avec BB King en première partie, le choc générationnel battait son plein en rythmes pour plusieurs milliers de spectateurs...
Skrillex, de son vrai nom Sonny John Moore, 27, ans, est devenu la coqueluche du phénomène électro en peu d'albums. Le Bluesfest peut se targuer de l'avoir suivi depuis ses débuts de DJ en 2010. «Je ne le connaissais pas à cette époque, reconnaît le directeur du festival Mark Monahan. Il se produisait rarement à des événements qui n'étaient pas entièrement consacrés à la musique électro. J'ai dû le convaincre d'accepter notre invitation. Une fois à Ottawa, il a été fortement impressionné par la réaction de la foule.»
Fidèle du Bluesfest depuis, il y est revenu trois fois en collaboration avec d'autres artistes; sous le nom Dog Blood, notamment, lorsqu'il s'est produit avec Boys Noize en 2013. Une relation privilégiée s'est construite au fil des éditions, au point que cette année Skrillex a voulu démarrer sa tournée canadienne... par Ottawa! Seulement voilà, les dates ne concordaient pas. Qu'à cela ne tienne: Mark Monahan ajoutera une journée au festival pour accueillir Jack Ü en ouverture, le nouveau duo que Skrillex forme avec DJ Diplo.
Du métal aux platines
Avant la sortie de son premier opus studio Recess en 2014, sa discographie se limite à une série de courts albums (EP): My name is Skrillex (2010), qu'il remixe lui-même, puis Scary Monsters and Nice Sprites la même année, qui sera suivi de More Monsters and Sprites (2011). Le nouveau monstre des dancefloors est né.
Dans une autre vie (pas si lointaine), ce jeune Américain a joué et chanté dans un groupe de screamo-hardcore (Form First to Last) avant de rejoindre une autre formation rock, Sonny and the Blood Monkeys.
Une opération des cordes vocales le pousse à passer derrière les platines. On le découvre DJ d'une grande dextérité. Sous ses doigts, le tribal et l'électronique dynamitent le son à grands renforts d'infrabasses, de vibrations concassées et de rythmiques syncopées. Son héritage de chanteur et guitariste de métal n'est jamais très loin.
Comme beaucoup de ses confrères, il rejoint le circuit des clubs et festivals sélects en éditant essentiellement des albums courts, remixe à tout va et renforce ainsi le tissu très dense des musiques électroniques. Au centre d'une galaxie de producteurs aux noms plus ou moins imprononçables, il s'impose par son énergie frontale et frénétique. À chacun sa carrière et son label (pour lui, ce sera OWSLA) où, par la magie des collaborations, on retrouve des productions de l'un, des remix de l'autre, voire des titres en commun.
Skrillex réutilise la chanson Levels du DJ suédois Avicii, collabore avec Damian «Jr Gong» Marley, l'un des onze fils de Bob Marley.
Sur son premier album sorti l'an dernier, Recess, le DJ producteur y multiplie les collaborations avec nombre d'artistes en vogue, Chance The Rapper, Fatman Scoop, Alvin Risk, Ragga Twins, le groupe Suédois Niki & The Dove et Diplo.
Avec ce dernier, il remixera même Where Are Ü Now avec Justin Bieber au micro. Le nec plus ultra de l'électro pop stylée ou un bon coup marketing? C'est au choix... On peut s'en faire une idée sur YouTube où le clip est disponible depuis lundi dernier.
Bricoleur de sons
Que Skrillex, avec ses lunettes disproportionnées, sa longue chevelure noire rasée d'un côté et son penchant pour le skate board soit associé à un nerd n'est pas une grande surprise. Mais son quotient geek va plus loin. Ouvert à toutes les explorations sonores, il s'investit aussi dans la musique de jeux vidéo. On lui doit la chanson thème de Reptile pour Mortal Kombat et celle du jeu vidéo Syndicate.
Au grand écran, il figure au générique de la BO des Mondes de Ralph, film d'animation des studios Disney (2012) et compose la même année les sons d'ambiance de Spring Breakers, réalisé par Harmony Korine.
C'est un univers de musique actuelle qu'il façonne, une musique électronique où l'on sent une volonté d'être un peu punk, un peu rock, animée du rejet de tout conditionnement. Une musique vibrant comme un cri de liberté, tintinnabulant comme un jackpot.
Pour y aller
OÙ? Plaines LeBreton
QUAND? Le 8 juillet, 21h45
RENSEIGNEMENTS: www.ottawabluesfest.ca ; 1-844-291-0420