Shadows In The Night, de Bob Dylan

On l'avait laissé en 2012, la voix rutilante, l'énergie gonflée à bloc pour faire rugir le disque Tempest de toutes ses cordes... le feu sacré avait été bien entretenu. On retrouve Bob Dylan trois ans plus tard, le timbre toujours aussi rauque et râpeux, mais canalisé dans un tout autre registre.
Aux déchaînements rock du précédent album répond aujourd'hui un éloge ténébreux de la lenteur dont seuls les crooners ont le secret. Dépouillé, apaisé, quasi berceuse même, Shadows In The Night propose des reprises de Frank Sinatra. Dès les premières paroles de I'm A Fool Who Want You, le temps ralentit. Stay With Me s'étire encore plus. Autumn Leaves reste carrément suspendue.
En patriarche imperturbable, Bob Dylan met à distance les assauts du temps, comme une ironie. Dans le creux de sa voix, un petit air de Tom Waits qui se serait soudainement métamorphosé en Leonard Cohen. Chant d'écorché tranquillisé.
Aurait-il, lui aussi, trouvé la voie de la sérénité?