S'évader par la lecture derrière les barreaux

Les détenus de la prison de Hull s'évadent plus facilement depuis l'arrivée d'un étudiant à la maîtrise. Le projet de stage de cet étudiant, Jairo Buitrago, permet plus que jamais aux condamnés de purger leur peine en pensant à autre chose qu'aux murs gris et aux barreaux qui les entourent. Son implication est à la base de la première bibliothèque structurée de toutes les prisons du Québec.
D'abord impliqué avec le groupe Narcotiques Anonymes en milieu carcéral, en 2011, l'étudiant en sciences de l'information a constaté en conversant avec les détenus que les livres manquaient, et qu'il était difficile de se changer les idées dans l'établissement de la rue St-François, dans le secteur Hull.
«On s'aperçoit qu'ils sont intéressés par la lecture, dit l'étudiant. C'est une façon de s'évader.» Les quelque 250 détenus de Gatineau n'avaient accès qu'à environ 200 livres, il y a trois ans. La bibliothèque, improvisée et peu efficace, était désertée par la population carcérale. Les livres, souvent en mauvais état, ne revenaient jamais au comptoir, ou étaient retournés au bout d'une longue période.
En novembre dernier, la bibliothèque de l'aile à sécurité maximale comptait 1300 ouvrages, dont plusieurs livres de fiction, prisés de la population carcérale. Ce genre littéraire compose 80% de la collection de la bibliothèque
M. Jairo s'est servi de son expérience acquise à la bibliothèque de l'Université Saint-Paul pour mener à bien l'idée de la bibliothèque de la prison. «J'ai reçu l'aide du personnel de la bibliothèque, de professeurs et d'amis de l'université. Aujourd'hui, la bibliothèque fonctionne très bien.» Le succès de ce projet a eu des répercussions sur l'aile à sécurité minimale, où une autre bibliothèque est en chantier.
Les détenus remplissent une fiche pour emprunter jusqu'à trois livres pour deux semaines. Les bouquins sont distribués le dimanche.
«Les détenus peuvent suggérer des titres, explique M. Jairo. Les détenus lisent beaucoup. Ils empruntent une centaine de livres par mois.»
L'Université offre à l'instigateur du projet un espace sur le campus pour préparer l'aménagement de la bibliothèque de 3 000 titres pour les détenus en sécurité minimale.