Secrets et cinéma au Théâtre de l'Île

Un vrai chantier ! Des échelles, un nouveau bar flambant neuf, un mur d'ardoise, un autre repeint en rouge... Le Théâtre de l'Île, en pleine répétition pour Confidences trop intimes, se refait une beauté.
Confidence pour confidence, en voilà une qui n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd : «Le lieu a subi un dégât d'eau pendant les Fêtes; on en profite pour réaménager le hall d'accueil, soupire le comédien Dave Jenniss. Espérons que tout soit fini pour la semaine prochaine!»
Dès mercredi et jusqu'au 1er mars, la pièce mise en scène par Magali Lemèle rappellera bien des choses aux cinéphiles. Avant d'être transposé au théâtre par le scénariste Jérôme Tonnerre, Confidences trop intimes s'est taillé une certaine notoriété grâce au film de Patrice Leconte, interprété par Sandrine Bonnaire et Fabrice Luchini. L'histoire, donc, les inconditionnels de Luchini la connaissent déjà.
Croyant se rendre chez un psychanalyste, Anna (Catherine Rousseau) pousse la porte d'un conseiller fiscal, William (Dave Jenniss), qui poursuit fidèlement l'entreprise familiale, selon l'indéfectible tradition «de père en fils». Perturbé par les révélations de la jeune femme, qui croit toujours se confier à un psy, l'homme n'ose lui avouer la vérité: «À ses yeux, Anna est d'abord une cliente comme les autres venue le consulter, résume Dave Jenniss. William commence à lui poser des questions, puis elle craque.»
«Elle vit des troubles d'anxiété, elle se sent coupable de tout et décide d'amorcer un processus de libération par la psychanalyse car elle veut s'en sortir», poursuit Catherine Rousseau.
Le conseiller fiscal va, de rendez-vous en rendez-vous, la revoir, puis mettre fin au malentendu sans que la relation entre eux ne s'arrête. Dans ce climat intimiste et décalé, un amour ambigu, inavoué, se nouera entre les deux personnages.
Comme au cinéma
Voilà une histoire de moeurs quotidiennes qui tend au spectateur le miroir de son ordinaire sentimental : les petites choses de la vie, bonheurs et malheurs confondus, joies et chagrins, larmes et sourires, le tout interprété dans un décor moderne de portes et de vestibules interchangeables.
La scénographie et la mise en scène ne renient pas les ascendances cinématographiques de Confidences trop intimes. La pièce est construite comme un film, de manière linéaire et séquentielle, et se jouera dans une structure surélevée. Ce décor « en boîte » n'est pas sans rappeler le cadrage d'un écran au cinéma.
«Le concept cinématographique se retrouve également dans le jeu, plus intimiste. On passe d'une émotion à l'autre rapidement, comme une succession de plans où la musique servirait de fondu enchaîné», évoque Dave Jenniss.
On se souvient encore du ton très pince-sans-rire du film, de la manière dont Patrice Leconte dévoilait vérités et contradictions de ce couple fortuit qui n'ose avouer ses sentiments.
«La pièce est très différente de ce que le Théâtre de l'Île propose habituellement dans sa programmation, remarque l'acteur. On est loin de la franche rigolade même si le ton reste léger. Il y a un fond réaliste dans lequel nombre de spectateurs se reconnaîtront certainement.»
Une comédie de charme et de sentiment, donc, à quoi vient s'ajouter en filigrane une satire de la psychanalyse, dont la leçon pourrait bien être qu'il n'y a pas de meilleur psy que l'amour. «Et comme février est justement le mois des amoureux, c'est une pièce que l'on conseille vivement de voir en couple!» lance habilement Catherine Rousseau.
Avis au intéressés...