Philippe Couillard a voté dans Roberval.

Satisfait et confiant, Couillard attend le verdict

Après 18 mois de purgatoire, les libéraux rêvaient lundi en début de soirée d'un retour au pouvoir à la barre d'un gouvernement majoritaire.
Ce scénario restait toutefois incertain en raison de la poussée imprévisible de la Coalition avenir Québec (CAQ) dans le dernier tiers de la campagne.
Le chef libéral Philippe Couillard s'est retiré à son domicile de Saint-Félicien, au coeur de la circonscription de Roberval, en attente des premiers résultats du décompte électoral. Il se rendra en fin de soirée au centre des congrès de la municipalité pour s'adresser aux militants.
La présence des forces de l'ordre à l'intérieur et autour du centre des congrès ne passe pas inaperçue. Un détecteur de métal a été installé à l'entrée de la grande salle où se réunissent les militants.
Les policiers sont omniprésents et les mesures de sécurité ont été resserrées, question de prévenir un nouvel incident meurtrier comme celui qui avait endeuillé la soirée électorale du Parti québécois en 2012.
M. Couillard est allé voter en fin de matinée, avec sa femme Suzanne, dans un bureau de vote donnant sur la rivière Ashuapmushuan.
À sa sortie, il s'est dit «satisfait» de sa campagne et «confiant» pour les résultats.
«Les politiciens et les politiciennes ont assez parlé, c'est la population qui s'exprime et on aura la réponse ce soir», a-t-il dit avant de prendre congé de la meute de journalistes.
Le chef libéral a entrepris la campagne électorale dans le rôle du négligé derrière Pauline Marois et le Parti québécois, mais le fil des événements a été favorable pour lui et son parti.
L'arrivée fracassante dans la campagne du patron de l'empire Québecor, Pierre Karl Péladeau, avec son poing tendu et son appel à la souveraineté, a polarisé l'électorat. Cette donne inattendue a permis au chef libéral d'exploiter à son profit l'apparente aversion des Québécois pour un nouveau référendum.
M. Couillard a eu son lot d'embûches pendant les 33 jours du périple électoral mais les attaques et parfois les coups bas de ses adversaires ne sont pas parvenus à le discréditer du jeu politique, si l'on en croit les sondages.
En outre, le chef libéral a eu à défendre le bilan d'un gouvernement au passé lourd qu'il n'a pas dirigé.
La présence de 18 ex-ministres du gouvernement Charest dans son équipe a alimenté le scepticisme de ses opposants sur sa volonté de tirer un trait sur les pratiques de financement politique douteuses ou illégales associées à l'ancienne administration.
M. Couillard a dû aussi justifier sa conduite à plusieurs reprises, notamment sa décision d'ouvrir un compte dans une banque à l'île Jersey, un «paradis fiscal», à l'époque où il travaillait en Arabie saoudite. La relation d'affaires qu'il a entretenue dans le passé avec le docteur Arthur Porter, ex-directeur général du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) accusé de fraude et de corruption, est également venue le hanter.
«Qui se ressemble, s'assemble», avait déclaré la chef péquiste en apprenant que le docteur Porter avait eu de bons mots pour M. Couillard du fond de sa cellule au Panama. Le chef libéral s'est abstenu de lancer la même formule lapidaire à Mme Marois lorsque le leader syndical controversé Bernard «Rambo» Gauthier a accordé son appui au Parti québécois.
«Je n'ai pas répondu à la boue par de la boue», s'est félicité l'aspirant premier ministre à nombre d'occasions.
Fédéraliste sans complexe, le leader du PLQ a eu du mal en début de campagne à expliquer ce qu'il entendait faire du dossier constitutionnel, mais c'est sur la langue qu'il estime avoir trébuché.
Il a admis qu'il aurait eu avantage à «clarifier» ses propos sur la langue de travail lors du débat des chefs à TVA. Son plaidoyer en faveur du bilinguisme sur le plancher de l'usine ne visait pas tous les travailleurs, mais plutôt ceux qui sont en contact avec la clientèle, a-t-il nuancé dans son bilan de campagne, dimanche.
M. Couillard n'a pas ménagé les heures de transport au cours du dernier mois, visitant des locaux électoraux dans toutes les régions, y compris dans des fiefs péquistes comme Duplessis. Dans la seule journée de dimanche, il s'est rendu par la voie des airs en Gaspésie, sur la Côte-Nord et en Abitibi-Témiscamingue avant de rentrer au bercail à Saint-Félicien, au Lac-Saint-Jean.