«J'ai une vision du spectacle comme un tout construit et entier, explique Sarah Rubato. Dès qu'on entre sur scène, on incarne un personnage.»

Sarah préfère Barbara

«De la chanson française, en passant par les musiques du monde, québécoises, le jazz et le blues... tous les styles trouvent leur scène aux Brasseurs du Temps», vante la célèbre microbrasserie hulloise. Au sous-sol, le Cabaret propose une programmation éclectique, comme en témoigne l'affiche du mois de février: on y trouve un hommage aux Beatles, un autre à Stevie Wonder, la prestation d'un musicien de jazz, celle d'une chanteuse québécoise. Ce soir, l'invitée s'appelle Sarah Rubato, «diseuse du bout des doigts» comme elle se présente, habituée des lieux aussi puisqu'elle y a déjà proposé trois fois des reprises de Barbara et revient pour la cinquième reprise.
Pourtant, Sarah Rubato n'a pas encore sorti d'album, n'a pas connu l'ivresse des grandes scènes car elle vient tout juste de se lancer dans le bain artistique. Celui des ménestrels des temps modernes qui font vivre et évoluer la tradition du cabaret, «en dépit des vents et marées dont le show business possède le triste privilège», renchérirait Nougaro.
Pour l'auteure-compositeure-interprète établie à Montréal, il n'existe pas meilleure école que les petites salles de spectacle pour faire ses armes. «On s'y forge une certaine autorité sur scène, note-t-elle. Il faut développer des stratégies pour attirer l'attention du public, c'est une école à la fois exigeante et efficace».
Dans son spectacle intitulé Puissances endormies, premier récital de ses propres compositions, Sarah s'investit pleinement dans son personnage avec l'idée que si l'acteur est véritablement engagé, le public se laissera plus aisément transporter.
Passerelles
Dans le brouhaha des verres qui s'entrechoquent et des discussions en sourdine, tous les moyens sont bons pour se démarquer scéniquement: jeu, chant, slam, théâtre d'objets, Sarah multiplie les passerelles pour attirer le public dans sa démarche artistique.
«J'ai une vision du spectacle comme un tout construit et entier, explique-t-elle. Dès qu'on entre sur scène, on incarne un personnage, et je pense aux récitals de Brel, par exemple, qui jouait de la première note à la dernière sans être obligé de débiter des blagues entre deux chansons, seulement pour meubler».
Sarah préfère choisir des textes de Serge Reggiani comme transitions, cite Pessoa, Rimbaud et Prévert. Elle assure avoir grandi avec une certaine idée de la «chanson à texte», tout en faisant ses classes en piano classique au conservatoire, à Paris. Puis elle découvre Barbara et se trouve des affinités autant avec sa musique que sa présence scénique: les textes intimes au langage simple et immédiat, à la sincérité dépouillée, à la poésie à la fois touchante et retenue.
«Avec elle, j'ai appris ce que c'était d'interroger une chanson, de révéler ses sentiments», confie la chanteuse.
Certains font leurs gammes avec la méthode Czerny, elle fait désormais les siennes sur du Barbara. Ce lien existentiel de la chanteuse à son chant, c'est peut-être cela la marque des talents majuscules, des personnalités qui marquent profondément un art, une époque, une culture.
«Même dans ses chansons originales Sarah a l'intensité d'une Barbara. J'insiste pour la réinviter parce qu'elle a de l'excellent matériel et l'Outaouais gagnerait à la connaître», nous a confié le producteur Jean-Pierre Moisan. Dont acte...
POUR Y ALLER :
OÙ? Les Brasseurs du Temps
QUAND? Ce soir, 19h30
RENSEIGNEMENTS? 819-205-4999 poste 1; www.brasseursdutemps.com