Rien de rassurant

Comment dans notre société obsédée par la sécurité, un tel individu a pu passer sous le radar?
Je parle de ce chauffeur complètement ivre arrêté lundi, à Gatineau, au volant d'un véhicule scolaire avec des élèves de l'école primaire Saint-Paul à son bord.
Il a fallu la présence d'esprit du «personnel enseignant» pour arrêter le conducteur. Autrement dit, des profs ont réalisé que le gars était trop soûl pour conduire et lui ont demandé de se garer.
Une chance.
Parce que d'après ce qu'on a compris hier, le chauffeur s'en allait faire sa ronde comme si de rien n'était au volant d'une fourgonnette remplie d'écoliers. Avec un taux d'alcoolémie dans le sang presque quatre fois supérieur à la limite permise. Des individus moins résistants perdent conscience quand ils sont ivres à ce point-là. Pas lui. Lui, il conduisait.
Cette fois, Stéphane Larose s'est fait arrêter et devra faire face à des accusations criminelles. Je précise «cette fois», parce qu'une question demeure entière. Une question que bien des parents d'enfants d'âge scolaire doivent se poser aujourd'hui: était-ce la première fois que ce chauffeur de 47 ans prenait le volant de sa berline scolaire en état d'ébriété?
On l'ignore.
Mais après sa comparution d'hier, le gars a lui-même confié qu'il avait un problème d'alcool et qu'il lui faudrait aller chercher de l'aide.
Toute cette histoire soulève évidemment bien des questions sur le contrôle exercé lors de l'embauche des chauffeurs scolaires. D'autant plus que, dans ce cas-ci, le chauffeur en question conduisait avec un permis non valide. Et il avait des antécédents, ayant été reconnu coupable de conduite avec facultés affaiblies en 2009.
Comment un gars comme lui a-t-il pu se retrouver au volant d'une fourgonnette scolaire? Car enfin, dans notre société où les questions de sécurité prennent toute la place, surtout lorsqu'il est question de jeunes enfants, on s'attend à ce que les antécédents des chauffeurs scolaires soient vérifiés plutôt deux fois qu'une.
À tort, semble-t-il.
Bien sûr, les chauffeurs doivent remplir des déclarations et détenir des permis valides.
Mais le président de la Commission scolaire des Portages-de-l'Outaouais (CSPO), Jean-Pierre Reid, laissait entendre qu'aucune vérification spéciale n'avait été effectuée dans le cas de Stéphane Larose. On s'en remet à la bonne foi des chauffeurs.
Dans ce cas-ci, Stéphane Larose était à l'emploi d'un petit transporteur scolaire, 5MA, qui travaille à forfait depuis 20 ans pour la CSPO. Le transporteur n'a pas semblé pousser bien plus loin les vérifications. Une porte-parole rejetait hier le blâme sur son chauffeur, l'accusant d'avoir fourni de fausses informations sur son compte.
Cette même porte-parole a tenté de rassurer les parents, affirmant que toute cette histoire était un «cas isolé».
Un cas isolé, vraiment? Ça reste à prouver.
Si j'étais un parent d'écolier, je retiendrais surtout qu'il a fallu l'intervention in extremis de «témoins» de la scène pour empêcher qu'un chauffeur ivre mort prenne la route au volant d'un véhicule scolaire avec des enfants à bord. Un chauffeur qui a déjoué, avec une facilité déconcertante, les systèmes de contrôle en place.
Rien de rassurant, donc.