Le chef de police Vern White accepte depuis deux ans de déployer le drapeau métis au quartier général de la police d'Ottawa. Sur la photo, il est accompagné de Robert Pellerin, le président du Conseil des Métis d'Ottawa.

Riel sur le chemin de la réconciliation

Il y a 125 ans aujourd'hui, Louis Riel était pendu pour trahison. Ce midi, le leader métis sera honoré par la Ville d'Ottawa et le drapeau de son peuple sera hissé devant l'hôtel de ville. Une reconnaissance attendue pour l'homme qui s'est battu pour la survie de la langue française dans les Prairies canadiennes.
Dans les livres d'histoire, la rébellion manquée de Riel en Saskatchewan a longtemps occulté sa participation à la fondation du pays. Au terme d'une première rébellion, en 1870, il a dirigé le gouvernement provisoire du Manitoba qui a négocié avec Ottawa les conditions d'adhésion de la province à la Confédération.
« Pour la communauté métisse, Louis Riel a toujours été un héros. Aujourd'hui, partout au pays, on reconnaît de plus en plus son importance pour le développement du Canada. C'est quelque chose qu'on ne voyait pas autant autrefois », explique Robert Pellerin, le président du Conseil des Métis d'Ottawa.
M. Pellerin perçoit un changement de mentalité. Il dit que l'héritage de Riel n'est plus seulement salué par les Métis et les francophones. Exécuté comme un traître en 1885, on tente de le réhabiliter et de l'exonérer de tout crime depuis une quinzaine d'années. On propose même de le reconnaître comme un père de la Confédération, au même titre que le premier ministre fondateur John A. Macdonald qui a signé son arrêt de mort.
Peu de temps après la rébellion de la rivière Rouge, en 1870, la tête de Riel a été mise à prix une première fois par le gouvernement canadien.
On le tenait responsable de l'exécution de l'orangiste Thomas Scott, un protestant anticatholique qui avait été fait prisonnier après avoir combattu les Métis à la bataille de Fort Garry.
Riel a dû s'exiler aux États-Unis. Il a d'abord vécu dans l'État de New York. D'une santé mentale fragile, sa famille l'a rapatrié au Québec de façon anonyme. Il a séjourné dans deux hôpitaux psychiatriques au milieu des années 1870 avant de se rétablir et de s'installer dans l'État du Montana jusqu'en 1884.
Cette année-là, des Métis de la Saskatchewan ont convaincu Riel de revenir les aider à présenter leurs doléances au gouvernement canadien. Ceux-ci voyaient leur mode de vie traditionnel s'effondrer à mesure que les stocks de bisons disparaissaient et se sentaient de plus en plus pressés par l'immigration de nouveaux colons.
Déçu par la réponse d'Ottawa, qui proposait de recenser le territoire et créer une commission d'enquête, Riel a commencé à fomenter la révolte. Il a cependant sous-estimé la vitesse avec laquelle le gouvernement était en mesure de déployer sa nouvelle Police montée du Nord-Ouest - l'ancêtre de la Gendarmerie royale du Canada - grâce au chemin de fer qui n'existait pas lors de sa première révolte, 15 ans plus tôt.
Les rebelles métis ont encaissé un cuisant revers à la bataille de Batoche et Riel a été fait prisonnier. Condamné pour trahison, on l'a exécuté le 16 novembre 1885.
Ouverture vers les Métis
Applaudie dans le Canada anglais et dénoncée dans le Canada français, la mort de Riel a eu un effet fractionnel sur le jeune pays.
Cet effet commence à peine à s'estomper, selon le chef de police Vern White, qui accepte depuis deux ans de déployer le drapeau métis dans le hall d'entrée du quartier général de la police d'Ottawa.
« Au cours des 10 à 15 dernières années, je crois que les Canadiens ont commencé à mieux comprendre l'importance du peuple métis et le rôle qu'il a joué dans la fondation de notre pays », observe-t-il.
Le drapeau métis se distingue par son fond bleu et son «∞» blanc qui représente l'infini.
M. Pellerin ajoute que les dernières années ont vraiment pavé le chemin de la réconciliation entre les Métis et le reste de la population canadienne. En 2003, le jugement Powley rendu par la Cour suprême du Canada a reconnu aux gens « de sang mêlé » les mêmes droits ancestraux qu'aux autres peuples autochtones et inuits.
Mais il existe toujours des zones grises, même au sein des groupes métis. Par exemple, ils ne s'entendent pas tous sur la place qu'on doit donner à Louis Riel dans l'histoire.
« Il y a eu des Métis qui ne veulent pas que Riel soit exonéré de ses crimes pour ne pas enlever de valeur à ce qu'il a accompli. On ne doit pas oublier qu'il a protégé les droits des francophones au Manitoba même s'il n'a pas réussi à le faire en Saskatchewan », de rappeler M. Pellerin.
On recense 390 familles métisses dans l'Est ontarien.