Rêves de grandes ligues

Ils étaient 101. «Un chiffre politique, comme pour la loi 101», me lance un observateur à mon arrivée sur place.
Peut-être, mais les 101 jeunes âgés de 14 à 22 ans qui se sont présentés au parc Sanscartier de Gatineau hier n'étaient pas là pour jaser des bienfaits de la législation québécoise pour protéger la langue française.
Dans leur regard, on voyait plutôt l'expression d'un grand rêve, celui d'atteindre un jour les grandes ligues du baseball, les majeures. Et de nombreux parents étaient dans les gradins pour les appuyer alors qu'ils pourchassent celui-ci, envers et contre tous.
Ils étaient venus d'un peu partout. De Gatineau surtout, des joueurs du Hull-Volant junior élite mais aussi des formations bantam et midget AAA, d'autres équipes également de plus bas niveaux. D'Ottawa et de Brockville, de Montréal et il y avait même certains qui venaient de la Colombie-Britannique.
Leur objectif lors de camp organisé par le Bureau de recrutement des ligues majeures du baseball (MLB): capter l'oeil des quelques dépisteurs dépêchés sur place, qui feront ensuite des rapports envoyés aux 32 équipes du circuit Bud Selig.
Est-ce que tous ces joueurs peuvent légitimement aspirer au baseball professionnel un jour? Pas nécessairement, mais ça n'empêchait pas Walt Burrows, le directeur du dépistage au Canada pour le Bureau de recrutement des majeures, d'observer attentivement chaque joueur alors qu'ils défilaient un à un dans la cage des frappeurs hier après-midi, pendant que des lanceurs se produisaient dans l'enclos devant un autre dépisteur muni d'un radar évaluant la vitesse des tirs.
«Tous les jeunes qui sont ici ont des espoirs. Est-ce qu'ils ont le potentiel? Ça reste à voir, mais un camp du genre est un point de départ pour eux. Ça nous permet de les voir et d'évaluer leur progression la prochaine fois qu'on va les voir. Le dépistage, c'est une affaire de longue haleine, pas d'un seul jour. Mais ça commence ici, c'est dans de tels camps que des joueurs comme Russell Martin et Phillippe Aumont ont été remarqués en premier. On regarde pour des gars qui ont un bon physique, qui lancent et frappent bien, et il y a de bons joueurs ici... Si vous n'êtes pas ici, personne ne va vous voir», me disait Burrows pendant une courte pause dans l'action.
Avec un groupe aussi imposant, les jeunes n'avaient que peu de temps pour se faire valoir: une douzaine de tirs au bâton, une vingtaine au monticule pour les lanceurs, quelques roulants et ballons, etc.
«Je voulais voir où j'en suis, montrer ce que je suis capable de faire. Mais c'est très rapide parce qu'il y a beaucoup de monde, et beaucoup de gars sont nerveux. Mais il faut apprendre comment composer avec ça. Moi, je veux juste jouer du baseball de compétition le plus longtemps possible et on verra ce qui va arriver», confie Paul Sentomo, un lanceur de 21 ans du Hull-Volant junior qui est originaire de la République dominicaine.
Son coéquipier Danick Jeanvenne, un lanceur de 18 ans, était d'accord: «Tu es sur le spot, il faut que tu performes pour te faire voir. Mais c'est une bonne chance de se faire voir, car à nos matches, il n'y a pas vraiment de recruteurs.»
Parmi les plus jeunes joueurs au camp, le troisième but du Hull-Volant bantam AAA Émerick Chrétien a apprécié l'expérience: «Il faut vraiment que tu en profites, que tu donnes ton maximum à chaque répétition, sinon personne ne va te remarquer. Mais c'est mon premier camp du genre et je suis encore jeune», racontait-il après son tour au bâton.
Responsable du programme sport-études baseball à Nicolas-Gatineau, Stéphane Pétronzio était heureux de voir que plusieurs de ses protégés ont tenté leur chance à cette occasion.
«On a du potentiel chez nous et je suis fier de voir qu'on a amené 101 athlètes ici pour ce premier camp des ligues majeures à Gatineau, en milieu de semaine... Ceux qui disent que le baseball en Outaouais ou au Québec n'est pas trop vivant, je pense qu'on se trompe», a-t-il noté.
Burrows en a parlé, le parcours d'un Phillippe Aumont, le Gatinois des Phillies de Philadelphie, est un bel exemple à suivre pour les jeunes d'ici qui ont un rêve. Pétronzio, qui l'a pris sous son aile à l'adolescence, est bien placé pour en parler.
«Phil avait pris part à un tel camp au parc Heritage à Ottawa en 2005 ou 2006, je ne me souviens plus exactement. Walt était là, c'est à cette occasion qu'il l'avait vu pour la première fois. Ils l'ont mis sur le radar et le reste est de l'histoire», lance-t-il.
Une histoire qui se poursuit avec son rappel de la semaine dernière par les Phillies. Comme par hasard, Aumont a lancé une manche sans donner de point à son retour dans les «grandes ligues» lundi soir, dans un revers de 7-1 contre les Mets de New York. Une histoire qui ne peut qu'inspirer les 101 rêveurs qui étaient au parc Sanscartier hier.