Chloé (Clémence Dufresne-Deslières) vivra dans la révolte la mort de son père, victime d'un accident de travail.

Ressac, là où le temps s'arrête

Mercredi, au moment de l'entrevue avec la réalisatrice et documentariste Pascale Ferland, la neige commençait à tomber. Les flocons se déposaient au sol, tout doucement, à la manière d'un peintre qui applique délicatement ses couleurs pour créer des paysages où il fait bon s'évader.
Des ambiances où le temps est suspendu, des silences, des non-dits, des longs plans magnifiques qui s'étirent au gré d'une émotion, d'une douleur ou d'un espoir, c'est ce que nous offre Pascale Ferland dans son tout premier long métrage de fiction, Ressac, inspiré de la fermeture de l'usine papetière Gaspésia et des lourdes conséquences de la tragédie sur la communauté de Chandler, ville mono-industrielle. À travers le regard de trois femmes, de trois générations différentes, le drame arrivera. Et la lumière, aussi.
« J'ai habité à Chandler pendant cinq mois, en 2008, un an après la fermeture de l'usine papetière, explique Pascale Ferland. J'ai rencontré la psychologue qui a accompagné les travailleurs au moment de la crise. Il régnait là-bas une atmosphère d'après-guerre, les hommes se sont effondrés, emportés par un désespoir immense. Quand on vient de la ville, il est difficile d'imaginer toute l'ampleur du drame. »
Scénariste, réalisatrice, productrice, elle a porté tous les chapeaux pour donner naissance à un film artistique qui a aussi une vocation sociale.
« J'ai voulu tourner sur place afin de mettre à contribution la population. Pendant un an, on a fait des auditions, question d'offrir un maximum de rôles aux résidents. On a formé des personnes afin qu'elles puissent travailler sur le plateau. Pour la scène de la chorale, on a fait appel à des étudiants du secondaire et des jeunes décrocheurs qui ont répété toute l'année leur partition. Même les élus se sont mis de la partie pour nous aider », dit-elle fièrement.
Pour réaliser son projet, Pascale Ferland s'est investie à tous les plans. Les comédiens n'ont pas hésité à la suivre dans cette belle aventure à petit budget, 600 000 $, ce qui suppose un lot de contraintes, notamment un nombre de prises limité. Avant le tournage, les acteurs ont donc répété pendant trois mois. Nico Lagarde, qui incarne Gemma, a même travaillé dans une usine de transformation de poisson afin de mieux comprendre son rôle et les femmes qui vivent dans ce contexte-là.
Tous ces efforts ont payé. Nico Lagarde, Clémence Dufresne-Deslières et Muriel Dutil offrent  un jeu tout en nuances, sublimé par la direction photo de Philippe Roy. 
Celui que Pascale Ferland surnomme le « roi de la lumière » donne des images à couper le souffle qui font parfois référence aux oeuvres des grands maîtres, notamment les peintres caravagesques et la technique du clair-obscur.
Malgré l'immersion totale de l'équipe, du souci de témoigner d'une réalité, jamais le nom de Chandler ne sera mentionné. « J'ai voulu que mon film soit universel. C'est un sujet vécu partout dans le monde, pas uniquement en Gaspésie, affirme-t-elle. Les gens de la région se sont reconnus dans mon film, mais j'espère que Ressac saura émouvoir tous les publics. »