Résolutions pour une année pétillante

Buvez plus de champagne. Ou de vins mousseux, selon votre budget et selon l'occasion. Ce sont des vins trop souvent cantonnés à l'apéritif alors qu'ils sont d'excellents vins de gastronomie.
Des vins effervescents vifs et marqués par la minéralité iront à merveille avec des huîtres, des poissons ou fruits de mer cuisinés simplement, avec des agrumes, des herbes fraîches, un fumet délicat. Avec à peu près tout ce qui est en friture : poisson, volaille, ris de veau, légumes.
Des vins plus riches et vineux accompagneront des plats de volaille, des sauces à la crème, aux champignons. Ainsi que des fromages, de préférence des pâtes molles à croûte fleurie.
Les rosés seront délicieux avec un tartare de thon ou de saumon, et vous surprendront sur un magret de canard aux canneberges, à la grenade ou aux gadelles. Si vous aimez les bulles, profitez-en !
Pas d'excuse pour ne pas ouvrir une bouteille parce qu'on est seul à en boire. Il existe des bouchons tout simples pour refermer une bouteille de vin mousseux entamée, qui fonctionnent à merveille. Comme pour tous les vins, certains se conservent mieux que d'autre (et il n'y a pas de moyen de savoir lesquels à part essayer). Récemment, j'ai laissé une bouteille de Cava au frigo, avec le bouchon en question, et pas plus du cinquième du vin restant dans la bouteille, pendant dix jours. Belle surprise : le vin était aussi effervescent qu'au premier jour ! C'était le Cava Brut de Parès Balta (SAQ 10896365, 16,45 $). Qui serait d'ailleurs un candidat idéal pour un brunch : oeufs bénédictine, bagels et saumon fumé...
Les vins non effervescents, eux, se gardent pour la plupart très bien en les rebouchant avec le bouchon d'origine et en les plaçant au réfrigérateur pour un jour ou deux. Selon le vin et la quantité restante (plus il y en a, mieux il se garde). Et de goûter le même vin sur plusieurs jours nous en apprend beaucoup sur comment le vin évolue.
Créez l'occasion spéciale un mardi soir. L'erreur la plus commune, commise par de nombreux amateurs de vin, est d'attendre l'occasion spéciale pour ouvrir une bouteille. Où est le problème ? L'occasion spéciale n'arrive jamais. Ou elle n'est jamais assez spéciale. Et, en général, par le temps qu'on se décide à ouvrir la bouteille en question, le vin n'est carrément plus bon. Fatigué qu'il est d'avoir attendu aussi longtemps... Faites honneur au vin et, surtout, faites-vous plaisir, et ouvrez une bonne bouteille un mardi soir avec de la pizza. C'est aussi la beauté du vin, en ouvrant une bouteille spéciale, on  crée l'occasion. On le mérite bien, non?
***
Faites-vous confiance.
Ouf, je pourrais vous en parler longtemps de ça. Vous avez le droit d'aimer ce que vous voulez. Le goût est quelque chose de profondément individuel et vous avez le droit d'apprécier quelque chose que les autres n'aiment pas. Fuyez comme la peste ceux qui vous dictent ce que vous devriez aimer (sommeliers, conseillers en vins, agents, critiques, etc.) et recherchez ceux qui, tout en ouvrant vos horizons, chercheront d'abord à comprendre vos goûts. De grâce, oubliez les scores ! Comment peut-on mettre des points sur un vin qui ne goûtera pas la même chose selon le jour qu'on est, le temps qu'il fait, notre humeur du moment, ce qui se trouve dans notre assiette, et les gens avec qui on le partage?
Si je n'avais qu'un seul conseil à donner, ce serait : buvez ce que vous aimez, mangez ce que vous aimez et vous serez heureux. En bonne compagnie, ce sera aussi toujours meilleur.
Apprenez. Explorez. Découvrez.
Pour la grande majorité des consommateurs, le vin n'est qu'un produit de, justement, consommation. On ne se préoccupe pas trop de ce qu'on achète - de préférence pas trop cher - et on s'en sert un petit verre de temps en temps. Et on aime ça. Et c'est très bien comme ça. Pour une minorité d'entre nous, ça va pas mal plus loin. On est des mordus, des geeks finis. On n'aura jamais fini d'apprendre tout ce qu'on veut savoir sur le vin. Parce qu'au-delà du produit de consommation, le vin est pour nous beaucoup plus: un vecteur de culture, d'histoire, de traditions... Un lien entre l'homme et la terre, une façon d'exprimer les particularités d'un lieu, d'une région.
Entre les deux extrêmes, il y a mille et une façons d'apprécier le vin. Et, surtout, il n'y a pas de bonne façon. Mais une chose est certaine : plus vous en apprenez, plus le vin devient intéressant et plus vous prendrez de plaisir à le boire, à le partager, à en discuter. N'oubliez pas que nous sommes privilégiés : il y a peu d'endroits dans le monde où l'offre de vin est aussi vaste que chez nous. Profitez-en pour découvrir et ne buvez pas constamment le même.
***
Ras le bol des ayatollahs du vin. Des extrémistes, dans le monde du vin, il y en a aussi. Je suis à 100% pour l'idée du vin nature, celui auquel on n'ajoute rien, où l'on recherche l'expression la plus naturelle qui soit. Mais je préfère un vin avec un juste dosage de soufre ajouté qu'un vin qui a mal tourné. En même temps, je me choque d'entendre des critiques aussi puissants que Robert Parker affirmer que le vin nature, c'est une arnaque et une fraude. Il faut arrêter les dogmes: la viticulture, les vinifications, la dégustation, les accords mets-vin ne sont pas des sciences exactes.
Cherchons à apprendre, à partager, pour mieux apprécier. Mais surtout, gardons un esprit ouvert et apprenons les uns des autres. Méfiez-vous de ceux qui ne doutent jamais. Personne ne détient la vérité absolue. Et on s'entend : ce n'est que du vin ! Est-ce qu'on peut juste avoir du plaisir?!
À bas l'arrogance !
Dans la même veine, ne vous en laissez pas imposer. Que ce soit au restaurant ou au magasin, vous - le client - êtes roi. Si on vous fait sentir ignorant, ne fréquentez plus cet endroit. Dans un monde où il semble parfois que plus le vin est obscur, plus il a la cote, on a remplacé une forme de snobisme par une autre. Vous avez le droit d'aimer ce que vous voulez et d'exiger qu'on respecte vos goûts. Et de ne pas recevoir un cours magistral sur le vin quand vous ne cherchez qu'un p'tit rouge sympa pour accompagner votre spaghetti.
Et arrêtez de dire que vous ne savez pas goûter. Si vous êtes capable de vous prononcer sur un plat, vous êtes capable d'en faire autant pour un vin. Le vocabulaire vous manque ? Prenez un cours (il y en a plein dans la région), joignez-vous à un groupe de dégustation (ou formez-en un avec des amis), lisez un livre sur le vin un verre à la main (comme Vive le Vin ! de Karyne Duplessis-Piché aux éditions La Presse), ou rassemblez quelques amis en leur demandant d'apporter chacun une bouteille de leur choix qu'ils devront présenter (d'où est le vin, quels sont les cépages, etc.).
L'assurance vous manque ? Croyez-moi, c'est en se plantant à répétition qu'on finit par devenir bon.