Renée Martel

Renée Martel en toute sérénité

En 2013, Renée Martel clamait sur disque et sur scène qu'elle était Une femme libre. Aujourd'hui, elle se dit également « libérée » : du cancer, de sa peur de la solitude et de cette quête inassouvie de bonheur qui l'a si souvent entraînée au bord du gouffre, fait tomber au fond de la bouteille. Ainsi, elle peut maintenant se pointer devant le public pour chanter qu'elle est La fille de son père en toute sérénité, ce qu'elle fera deux fois en Outaouais la semaine prochaine.
« La musique a été une bouée de sauvetage et un exutoire pour moi, confie la sexagénaire. Parce que le métier marchait bien, il m'a souvent permis de me libérer d'un trop-plein d'émotions, de détresse ou de joie. Ça m'a aidée, oui, mais ce n'était pas un rapport sain non plus... »
La scène s'est donc longtemps apparentée à « une arène de boxe ». Renée Martel ne s'arme toutefois plus de son micro comme d'une paire de gants pour envoyer ses démons intérieurs au plancher.
« Je ne vois plus la scène de la même façon. Aujourd'hui, celle qui se présente devant les spectateurs est la même que cinq minutes avant, dans les coulisses. »
« Le trac fou, cette envie de mourir qui s'emparait de moi avant un show, je ne le ressens plus. Je demeure fébrile, mais tout se fait dans la douceur, maintenant. »
Si son rapport à la musique et à la scène s'est transformé au cours des dernières années, il en va de même pour son lien avec le public. Ce n'est cependant pas tant l'échange entre eux qui a changé que sa perception de leur rôle respectif.
« Je n'ai plus l'impression que les gens sont là pour me secourir si je tombe, parce que je ne suis plus en détresse comme j'ai déjà pu l'être lors de certains spectacles. Le contact entre nous est donc beaucoup moins à fleur de peau, plus serein, tranquille et rassurant, renchérit-elle. Pour tout le monde, y compris mes musiciens, qui n'ont plus à s'inquiéter de me voir tomber. Ils savent que je vais me rendre jusqu'à la fin. »
Pour en arriver là, Renée Martel ne cache pas avoir « dû travailler beaucoup » sur elle-même.
Se livrer à l'auteure Danielle Laurin, qui signe sa biographie, intitulée Le Roman de Renée Martel, a fait partie du processus. À force de lui parler de son parcours, de sa relation avec son père, de ses amours, de ses nombreux succès et tout aussi multiples (re)chutes, elle a pu faire le point, prendre un peu de recul.
« J'ai appris que j'étais persévérante, que je suis faite tough, et que même si je mets du temps à prendre une décision, une fois qu'elle est prise, c'est sans retour », lance-t-elle.
Elle se rappelle clairement la première chose qu'elle a dite à sa biographe. « Je ne suis pas une victime de la vie, répète-t-elle. Oui, j'ai subi certaines situations, mais je ne me suis jamais apitoyé sur mon sort. »
Elle reconnaît pourtant avoir cherché à faire porter le chapeau de ses déboires à son père, à l'époque de la publication de son autobiographie, Renaissance - Un récit bouleversant de sa lutte contre l'alcoolisme, en 1983.
« J'ai toujours été habitée par une envie féroce de vivre et d'être bien. J'ai toujours voulu être heureuse, mais ç'a été long avant que je finisse par comprendre que c'est en moi, et en moi seule, que je pouvais, devais trouver la source de mon bonheur », soutient-elle.
Elle n'attend désormais plus des autres qu'ils lui procurent la paix à laquelle elle aspire. 
« À plusieurs périodes de ma vie, je n'étais pas bien toute seule, ni avec les autres. Je n'étais bien nulle part. Je changeais d'appartement, de décor, en pensant que ça m'aiderait, alors que ce n'était qu'une façon de fuir. Aujourd'hui, je suis bien partout où je vais, même si j'y suis seule », explique-t-elle.
Grâce à cet état d'esprit, Renée Martel peut d'autant plus apprécier se retrouver sur scène pour y chanter non seulement le répertoire de son père Marcel, mais aussi le sien.
« Je me promène entre les deux, puisqu'ils sont intimement rattachés. Je ne le fais pas parce que j'ai besoin de me réconcilier avec mon père ou de réparer quoi que ce soit. Ça, c'est fait depuis bien avant qu'il ne meure », soutient-elle. 
Ne reste dès lors, pour La fille de son père, que le bonheur de partager son héritage et son amour pour lui et ses textes, « si beaux qu'ils en sont intemporels ».
POUR Y ALLER
OÙ ? Auberge du draveur (Maniwaki)
QUAND ? Le 12 novembre, 20 h
RENSEIGNEMENTS ? 819-449-1651 ; mcvg.org
OÙ ? Salle Jean-Despréz
QUAND ? Le 13 novembre, 20 h
RENSEIGNEMENTS ? 819-243-8000 ; ovation.qc.ca