«Ce référendum nous ne le tiendrons que lorsque nous jugerons qu'une majorité de Québécois veulent faire ce vote», a déclaré Jean-François Lisée.

Référendum: Lisée dit n'avoir jamais été aussi «pessimiste»

Les Québécois ont une «grande crainte» d'un troisième échec référendaire et hésitent pour cette raison à se lancer de nouveau dans l'aventure, estime Jean-François Lisée, qui dit n'avoir jamais été aussi «pessimiste» quant à la tenue prochaine d'un référendum sur la souveraineté du Québec.
Les péquistes semblent vouloir faire oublier l'épouvantail référendaire qu'agite le chef libéral Philippe Couillard depuis le début de la campagne. Après Pauline Marois, jeudi soir, c'était au tour de M. Lisée de faire une sortie afin de calmer le jeu, vendredi matin.
«Là, on le voit bien qu'ils ne sont pas prêts. Puis franchement, moi j'ai toujours été optimiste sur la souveraineté, vous savez. J'ai rarement été aussi pessimiste que maintenant», a laissé tomber le candidat péquiste de Rosemont, qui participait à une annonce sur la langue.
«J'ai été très frappé du signal qui a été envoyé par les Québécois au début de cette campagne. Très frappé. Je suis pessimiste sur la possibilité d'avoir un référendum dans ce premier mandat», a ajouté M. Lisée.
La veille, au terme du débat électoral, Pauline Marois avait affirmé qu'«à ce moment-ci», elle était «bien consciente» que les Québécois ne voulaient pas d'un référendum.
«Et s'ils n'en veulent pas, je vais être capable de les écouter », a-t-elle assuré lors de la période de questions.
Mais par quelle voie les citoyens s'exprimeront-ils sur la question? Des sondages? Des consultations pré-référendaires?
La chef péquiste - qui a précisé que de nature, elle faisait plutôt partie du camp des «optimistes» après l'intervention de M. Lisée - n'a pas voulu dire ce qui était dans les cartons en marge d'une annonce concernant le dépôt d'un nouveau projet de loi pour modifier la Charte de la langue française.
Celui-ci exclurait l'idée d'étendre la loi 101 dans les cégeps de la province tout en instaurant «l'obligation» pour les étudiants des établissements collégiaux anglophones «de posséder la connaissance du français».
«Nous croyons que les jeunes qui sont dans les cégeps anglophones doivent avoir la possibilité et l'obligation d'apprendre le français pour être capable de le maîtriser», a indiqué la première ministre sortante.
Le PQ souhaite ainsi s'assurer d'éviter un «déversoir vers les cégeps anglophones au nom du fait de ne pas pouvoir apprendre» une langue, a spécifié Diane De Courcy, qui pilotait le projet de loi 14. Celui-ci a pris le chemin des poubelles, faute d'appui des partis d'opposition à l'Assemblée nationale.
Du côté des entreprises, les péquistes comptent resserrer la vis: les compagnies qui inscrivent la maîtrise de l'anglais comme critère d'embauche devraient prouver que cette aptitude est «nécessaire», a précisé Mme Marois.
«C'est une action que nous voulons mener avec la charte, à savoir qu'on devra faire la preuve que la personne doit être bilingue. Sinon, on n'aura pas le droit de demander à des personnes le bilinguisme pour avoir accès à un emploi», a-t-elle martelé.
Cette annonce sur la langue tombait à point nommé pour la leader péquiste, au lendemain d'une joute oratoire où son rival libéral, Philippe Couillard, a été vertement critiqué en raison d'une déclaration sur la maîtrise de la langue anglaise en milieu de travail.
Pauline Marois ne s'est évidemment pas fait prier pour en remettre une couche.
«Philippe Couillard pense que les Québécois devraient moins se distinguer. Le chef d'un parti qui aspire à diriger la seule nation francophone d'Amérique du Nord voudrait qu'on mette de côté ce qui nous distingue (...) C'est sidérant», a-t-elle suggéré.
Selon la chef péquiste, la langue française est en recul, en particulier dans la région montréalaise, et la faute en incombe aux libéraux.