Le représentant syndical de la Côte-Nord, Bernard «Rambo» Gauthier, témoignant à la commission Charbonneau

Rambo voulait se rendre indispensable

Le représentant syndical des opérateurs de machinerie lourde sur la Côte-Nord, Bernard «Rambo» Gauthier, s'est lancé dans une envolée contre la mobilité intraprovinciale, qui nuit à l'embauche de travailleurs de la Côte-Nord, mardi, lors de son témoignage devant la Commission Charbonneau.
Cette mobilité intraprovinciale, qui permet à un entrepreneur d'emmener avec lui ses ouvriers réguliers, lorsqu'il décroche un contrat dans une autre région, Bernard Rambo Gauthier l'a apparentée à «des excréments». Il souhaite qu'elle soit mieux encadrée afin de permettre à tous de travailler.
Il reproche à des employeurs des mines et de la construction de venir sur la Côte-Nord exploiter les ressources, avec leurs travailleurs «in and out» qui quittent la région dès leur semaine de travail terminée, pour venir dépenser leur argent dans leur région d'origine plutôt que sur la Côte-Nord. Pendant ce temps, les travailleurs de la Côte-Nord ne travaillent pas dans leur propre région.
Il s'est vite enflammé en défendant cette cause qui lui est si chère de l'embauche de travailleurs de la région, au point où la juge France Charbonneau lui a lancé qu'il devrait apprendre à cesser d'intimider.
M. Gauthier a nié intimider qui que ce soit aujourd'hui. Il a admis avoir déjà fait de l'intimidation, mais seulement avant qu'il soit représentant syndical, quand il était ouvrier au chômage.
Plus tôt dans la journée, il a admis que les ouvriers sur la Côte-Nord tiennent mordicus au respect à la lettre de leurs conventions collectives. «Les gens de la Côte-Nord revendiquent leurs droits. Chez nous, on se respecte et on respecte nos conventions», a-t-il lancé.
La section locale de M. Gauthier n'a que 600 membres. La FTQ-Construction en compte 75 000 dans l'ensemble du Québec.
La juge Charbonneau a pris le taureau par les cornes en lui demandant pourquoi les entrepreneurs devaient passer par la section locale du syndicat concerné pour obtenir de la main-d'oeuvre locale, plutôt que d'appeler eux-mêmes les travailleurs chez eux. (Ce n'est plus le cas, depuis que le placement syndical a été aboli et qu'un nouveau régime a été mis en place, en septembre dernier)
«Je ne les obligeais pas!» s'est d'abord exclamé M. Gauthier, avant d'ajouter que «ceux qui disent qu'on les obligeait, c'est ceux qui ne cognaient pas à la porte de la Côte-Nord avant d'entrer».
La juge a insisté: pourquoi les entrepreneurs ne peuvent pas appeler eux-mêmes les travailleurs?
«Pour éviter les problèmes madame la commissaire! En général, ils ne font pas ça. Ils n'appellent pas les gars dans les maisons. Les entrepreneurs qui ne sont pas venus souvent chez nous, ils ne les connaissent pas les gars. Ça arrive tous azimuts de toute la Côte-Nord et ils veulent tous travailler. Et ça se peut qu'ils se ramassent avec un «troublemaker» aussi. Nous autres, ce qu'on voulait, c'est se rendre indispensables ou incontournables», a expliqué M. Gauthier.
«Pour faire travailler notre monde et pour ne pas que ce soit toujours les mêmes qui travaillent», a-t-il encore ajouté comme motif.
Il a soutenu que maintenant, acculés au pied du mur, des ouvriers qui ont besoin de travailler sollicitent les entrepreneurs en négociant à la baisse leurs conditions de travail, en proposant de ne pas leur payer leurs heures supplémentaires, par exemple.
«C'est pas de même qu'il faut que ça marche. Le gars qui va aller se vendre comme ça, j'appelle ça de la prostitution dans l'industrie», s'est exclamé M. Gauthier.
Surnom Rambo
Le représentant syndical de la Côte-Nord a aussi raconté qu'il a d'abord fait son service militaire avant de faire reconnaître ses heures de travail pour entrer dans l'industrie de la construction. Il est devenu opérateur de machinerie lourde en 1991.
Remarqué comme jeune militant actif à la FTQ-Construction, en 2003 il devient représentant syndical. Il a été d'abord dépêché à Saint-Jean-sur-Richelieu avant d'être sollicité par un groupe de la Côte-Nord.
Quand il y a commencé son travail, «c'était assez rock and roll». «Sur la Côte-Nord, c'était le free for all. Chacun faisait sa propre justice.» Mais il a été marqué par la volonté des gens de la région de se défendre et de ne pas «vouloir se laisser mourir».
Il a raconté que son surnom de Rambo lui a été attribué par «cinq ou six gars» avant d'être repris par les médias.
À l'époque, les ouvriers se plaignaient du fait que les agents de la sécurité industrielle au chantier hydroélectrique de SM-3 portaient à la hanche un pistolet. Ils voulaient savoir ce que ces employés de la sécurité disaient d'eux. Bernard Gauthier s'est donc caché sous une roulotte pour écouter ce que les gens de la sécurité disaient.