«C'est ma mission», fait valoir la battante, qui caresse le rêve de renouer avec le cinéma, «mais pour faire rire les gens, pas seulement les faire pleurer».

Rachel Mwanza: au nom des enfants de la rue

«Je ne veux pas qu'on me prenne en pitié!» martèle avec fierté Rachel Mwanza à l'autre bout du fil.
Si l'adolescente congolaise, révélée au monde entier dans le long métrage Rebelle du Québécois Kim Nguyen, a choisi de livrer son bouleversant parcours par le biais du récit Survivre pour voir ce jour, c'est parce qu'elle se sent le devoir de parler au nom des enfants de la rue et des enfants-soldats.
Ces deux réalités, Rachel Mwanza les connaît intimement. La première, pour l'avoir vécue : accusée de sorcellerie à l'âge de 11 ans, elle a été rejetée par les siens et contrainte de survivre par ses propres moyens jusqu'au moment où elle a été sélectionnée pour tenir le rôle de Komona. La seconde, pour l'avoir incarnée au grand écran, donc : en se glissant dans la peau de l'héroïne de Kim Nguyen, l'adolescente rendait compte d'une autre vérité de son pays natal, la République Démocratique du Congo.
«Les gens ne savent pas c'est quoi, la rue. Moi, je sais. Je sais aussi la souffrance d'être accusée d'être une sorcière, d'être tenue responsable de tous les problèmes de ma famille, alors que je n'étais qu'une petite fille. C'est pour ça que j'ai voulu que ce livre paraisse: pour témoigner. Pas pour qu'on me prenne en pitié à cause ce que j'ai vécu, répète-t-elle d'un ton ferme, mais pour que ça arrête.»
Mettre un frein à l'indifférence
Rachel Mwanza souhaite qu'arrête l'indifférence des gouvernements face au quotidien des enfants abandonnés à leur sort dans les rues de Kinshasa ou d'autres grandes villes du monde, ainsi que celui des enfants-soldats du continent africain, entre autres.
«Le gouvernement de mon pays fait semblant qu'ils n'existent pas», déplore-t-elle.
À 17 ans, elle désire aussi mettre en garde contre les faux prophètes qui, par leurs accusations injustes, détruisent des familles, faisant de milliers d'enfants des shegués, des sans-abri.
«Pour nous, en Afrique, être traité de sorcière ou de sorcier rend la vie très difficile. On refuse de nous donner à manger, par exemple», raconte Rachel Mwanza, qui n'a pas vu son père depuis huit ans et qui a récemment reparlé à sa mère, au téléphone, pour la première fois en plus de trois ans.
Cette facette de son parcours, elle l'a tue, au moment du tournage de Rebelle. Mais elle a ressenti d'autant plus viscéralement le déchirement et la résilience de son personnage, lui aussi accusé de sorcellerie. La comédienne a mis à profit ce lien émotif, entre autres lors du tournage de la scène, particulièrement troublante, où Komona est obligée de tuer ses parents...
Dans la foulée de la sortie de Rebelle, Rachel Mwanza a beaucoup voyagé, de Berlin (où elle a reçu l'Ours d'argent pour sa performance) à Hollywood (où le long métrage était en nomination pour l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, en 2013). Elle y a croisé des mendiants... blancs et des jeunes qui vont à l'école.
Ces séjours lui ont laissé entrevoir d'autres mondes et possibilité et l'ont convaincue de prendre la parole avec l'aide de son coauteur Mbépongo Dédy Bilamba.
Installée pour quelque temps à Montréal, chez la productrice déléguée de Rebelle, Anne-Marie Gélinas, l'adolescente aspire aujourd'hui à réapprendre à lire et à écrire pour entamer ses études et poursuivre sa formation de comédienne. Elle devrait bientôt être officiellement nommée ambassadrice de bonne volonté pour l'alphabétisation par l'UNESCO et travaille également à mettre sur pied la Fondation Rachel Mwanza, afin de donner un meilleur avenir aux enfants de la rue grâce à l'alphabétisation, justement.
«C'est ma mission», fait valoir la battante, qui caresse le rêve de renouer avec le cinéma, «mais pour faire rire les gens, pas seulement les faire pleurer».