Les élus de Gatineau s'enferment pendant deux jours au Moulin de Wakefield. En ressortiront-ils plus unis?

Que cherche le maire?

C'est un peu un retour à de vieilles façons de faire, ce lac-à-l'épaule du conseil municipal convoqué par le maire Maxime Pedneaud-Jobin.
Les élus de Gatineau se réunissent aujourd'hui et demain au Moulin de Wakefield pour deux jours de discussions intenses sur les grandes orientations du prochain mandat. La plupart des élus, si ce n'est l'ensemble d'entre eux, souperont et dormiront à l'auberge, de même qu'une poignée de hauts fonctionnaires.
L'ex-maire Yves Ducharme prisait lui aussi ces retraites fermées à l'extérieur de la ville, convaincu que les élus pouvaient s'y exprimer plus librement que dans leur cadre habituel. Son successeur Marc Bureau en était moins friand et préférait organiser des rencontres à petit budget à l'intérieur des limites de la ville.
En principe, je n'ai rien contre ces réunions à huis clos à l'abri des micros et des caméras. La vie démocratique a, de temps à autre, besoin de ces discussions à bâtons rompus entre élus pour mieux fonctionner.
Pourvu que l'on fasse preuve de transparence après coup, en informant adéquatement la population des décisions qui y sont prises. Dans ce cas-ci, le maire a prévu s'adresser à la presse demain et il n'a pas l'habitude de se défiler devant les questions.
Le fait est que le conseil municipal affiche souvent une image plus unie au sortir de ces lacs à l'épaule.
C'est vrai que des discussions moins formelles à l'heure du souper, autour d'un verre de vin, contribuent à adoucir l'atmosphère et à mieux se connaître entre collègues.
L'expérience passée démontre toutefois que cette belle harmonie ne dure qu'un temps. Les bonnes vieilles rivalités reviennent rapidement.
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De toute manière, je me demande si le maire Maxime Pedneaud-Jobin cherche vraiment à unir son conseil municipal autour d'objectifs communs au cours de ces deux journées de discussions.
Déjà que les débats s'annonçaient corsés autour de Destination Gatineau et de la taxe de croissance, voilà qu'il en rajoute une couche avec cette proposition de décréter une taxe spéciale de 1%, dès 2015, pour financer la modernisation des bibliothèques de proximité.
C'est une proposition bien surprenante de la part du maire, d'autant plus qu'elle brise une promesse électorale de limiter les hausses de taxes à l'indice des prix à la consommation plus 1%.
Encore une fois, on dirait une vieille idée de Yves Ducharme recyclée au goût du jour.
En 2004, Gatineau avait décrété une taxe spéciale de 1% pour financer sa part des coûts du futur centre sportif (inauguré en 2010) et des nouvelles piscines intérieures d'Aylmer et de Buckingham.
L'idée n'est pas mauvaise en soi, c'est juste que le contexte actuel est fort différent. À l'époque, le projet de centre sportif faisait consensus au sein de la population, ce qui n'est pas le cas du projet de modernisation du réseau des bibliothèques.
Bien sûr, les bibliothèques de quartier sont vétustes et croulent sous le poids des livres. Sans compter qu'un nouveau quartier, comme Le Plateau, est dépourvu de bibliothèque. Mais est-ce que les citoyens sont prêts à payer une taxe spéciale pour ça?
Pas sûr. Pas sûr du tout.
D'autant plus que lorsqu'on sonde les Gatinois, ils se disent satisfaits de leur réseau de bibliothèques. C'est le service municipal le plus utilisé!
Alors je ne sais pas ce que le maire cherche à obtenir exactement avec cette proposition de taxe spéciale.
Il n'est pas sans savoir que des conseillers comme Denis Tassé ou Stéphane Lauzon vont jeter les hauts cris. Je les entends déjà plaider que si Gatineau doit prélever de nouvelles taxes, c'est d'abord pour réparer ses rues en piètre état.
Pour l'harmonie, on repassera!