Ce regard complexe sur le handicap, Marie-Josée Martin le déploie dans les mots et le style, retraçant le destin d'une enfant, Corinne, atteinte de paralysie cérébrale.

Prix LeDroit 2014: écrire et questionner en toute lucidité

C'est un récit tendre et féroce à la fois, dérangeant, inattendu. Un petit précis de critique sociale habile, qui mène son lecteur par le bout du coeur.
Ce troisième roman de Marie-Josée Martin - le deuxième publié - s'inspire de l'affaire Latimer. Chacun se souvient du geste de Robert Latimer, père d'une jeune fille handicapée d'une paralysie cérébrale, qu'il avait empoisonnée en 1993. Tracy, alors âgée de 12 ans, ne pouvait pas parler, ni marcher ou manger par elle-même.
«J'avais été frappée par la couverture médiatique de cette affaire, du point du vue défendu.»
Comprendre celui des «bipèdes», comme l'auteure et lauréate du prix littéraire LeDroit aime à taquiner les personnes valides, du haut de son fauteuil roulant.
Un jour, ils entendront mes silences n'est pas pour autant un témoignage, ni un essai sur un sujet de société. C'est une lucide et radicale interrogation sur la perception du handicap, laquelle met en cause chaque lecteur. 
Ce regard complexe, Marie-Josée Martin le déploie dans les mots et le style, retraçant le destin d'une enfant, Corinne, atteinte de paralysie cérébrale. La narration au «je» s'impose naturellement au rythme des pensées et humeurs de la jeune fille emprisonnée dans un corps lourdement handicapé.
Évitant l'écueil du misérabilisme, l'auteure emploie sa plume à démontrer cette force intérieure qui, contre toutes les prophéties médicales et les nuées de Cassandre planant sur l'entourage, esquisse une joie de vivre et une belle leçon de vie. 
«Enfant, j'ai pris conscience du pouvoir des mots, confie-t-elle lors de notre rencontre chez elle, à Vanier. Au début, on me traitait d'infirme, puis à mon adolescence, j'ai fait partie des personnes handicapées. Je crois que derrière ces changements, c'est un regard différent qui est posé sur l'autre.»
L'auteure, également réviseure et traductrice, a déjà reçu le Prix du livre d'Ottawa 2013 et le Prix Christine-Dimitriu-Van-Saanen 2013 pour ce même ouvrage.