Gilles Lacombe cisèle ses images, tantôt concrètes, tantôt abstraites, pour évoquer sa quête de sens.

Prix LeDroit 2014: mention spéciale et poésie picturale

«Les mots nous mènent par le bout du nez!» clame Gilles Lacombe, joint au Mexique un peu plus tôt cette semaine.
Et loin du poète ottavien l'idée de s'en plaindre. D'autant que, souvent, son travail d'orfèvre des mots se double de celui de l'artiste visuel. Mais qu'il joue de la plume ou du pinceau, M. Lacombe cisèle ses images, tantôt concrètes, tantôt abstraites, pour évoquer sa quête de sens.
Un vent spirituel, «si ce n'est mystique», souffle sur son plus récent recueil, dans lequel il approfondit le «rapport constant entre la nature et le religieux».
La chartreuse des champs, qui ouvre Mais ailleurs que le vent, se fonde sur une expérience vécue en Australie, «un contact avec une forme d'absolu quelconque». Quelconque, car dans son oeuvre, il nourrit sa réflexion de références chrétiennes, bouddhistes et aborigènes.
«Les deux parties n'ont pas été écrites au même moment, mais Reliques des mouches à feu est une conséquence de La chartreuse, constate M. Lacombe. Tout en y abordant encore les thèmes de la nature et de la religion, les vers y sont plus courts, plus enjoués, plus éclatés. Comme si, une fois transformé, l'être de la première partie oeuvrait à la reconstruction du monde par le biais de son imaginaire.»
C'est ce que lui-même prend plaisir à faire, par le truchement de ses livres, illustrés ou non. L'artiste chamboule la forme, joue avec la mise en page aussi bien qu'avec la langue pour en faire ressentir les fonctions paradoxales: rendre compte et exprimer.
«Les mots sont le chemin pour conceptualiser et ensuite dépasser l'expérience. C'est justement dans ce dépassement du langage, quand on en explore toutes les facettes spatiales et possibilités syntaxiques, qu'on touche à la poésie.»
Et pour celui qui est aussi professeur au département des Lettres françaises de l'Université d'Ottawa, la poésie, elle, relève de l'exploration du sens de la vie.
«Elle permet l'interprétation d'une essence du réel et s'avère la meilleure façon d'exprimer la condition humaine.»