Andrée Christensen a toujours souhaité écrire sur le jardin, qui s'avère pour elle «plus qu'une source de réflexion et d'inspiration, mais  un moyen d'expression à part entière».

Prix LeDroit 2014: la patience de la jardinière des mots

Andrée Christensen cultive son jardin et la poésie depuis des lunes. Avec patience et humilité.
L'artiste a toujours souhaité écrire sur le jardin, qui s'avère pour elle «plus qu'une source de réflexion et d'inspiration, mais un moyen d'expression à part entière».
Elle ne désirait pas en explorer l'exubérance des couleurs et textures estivales. «D'autres l'ont fait avant moi, et avec tant de talent que je n'oserais m'y essayer», explique-t-elle modestement. 
Non, l'Ottavienne aspirait à en révéler la face cachée, enfouie sous terre. Ce visage aussi fragile que résolument vivant. Bref, Andrée Christensen souhaitait en dévoiler l'intimité la plus profonde et riche.
Pourtant entretenu tel un «espace de dialogue», le jardin demeurait résolument fermé et muet. «Il se refusait à moi, ne voulait pas s'exprimer en mots sous mon regard.»
Puis, au cours de l'hiver 2012-2013, quelques vers ont surgi de sous la neige. Si elle ne s'y attendait pas du tout,  la poète a su les remonter jusqu'à la racine et en suivre les ramifications.
Sans le savoir, Andrée Christensen venait de toucher à quelque chose de précieux: cette part d'elle-même où la poète et la jardinière ne font qu'une femme.
«Un jardin enseveli sous la neige invite à l'intériorité, à l'écoute, afin d'imaginer ce qui se passe sous terre, de 'sentir' ce qui est invisible.»
À l'instar de la poète, il a besoin de traverser l'hiver, «ce temps de recueillement et de silence qui précède la création».
Et c'est ce que la femme en elle a pu faire, à travers le processus de création de Racines de neige, dont elle signe également les oeuvres visuelles reproduites: renaître à elle-même.
«Le jardin m'a appris la beauté dans toutes ses tavelures, y compris ses mauvaises herbes! Il m'a appris la stérilité de la perfection, si bien que je ne cherche plus l'écriture parfaite non plus. Pour la première fois, dans ma poésie, j'accepte la légèreté, que j'avais toujours perçue comme un défaut jusqu'à maintenant. Pourtant, légèreté ne signifie pas superficialité, ai-je réalisé.»
La poète a donc renoué avec l'enfant en elle. Avec son regard d'enfant, surtout, «plus doux, moins terne, plus créatif». Non par nostalgie du passé, tient-elle à préciser, mais bien pour retrouver cette capacité de s'émerveiller.
«Jusqu'au goût de cendre/l'enfance s'accoude aux fenêtres/attend le ravissement/des premiers flocons», écrit-elle.
«J'ai été cette enfant, à la fenêtre!» lance Andrée Christensen d'un ton qui laisse deviner un large sourire.