Face aux écrans, le livre perd du terrain comme outil de divertissement. Mais il peut s'en inspirer, estime Andrée Poulin.

Prix LeDroit 2014: en mission pour le plaisir de lire

Écrire pour la jeunesse s'avère un défi de plus en plus grand devant «la prolifération des écrans dans le quotidien» des enfants et des adolescents, fait valoir Andrée Poulin.
Face aux téléviseurs, ordinateur et autres téléphones intelligents, le livre perd du terrain comme outil de divertissement. Il peut néanmoins puiser dans leur facture visuelle une manière plus dynamique de présenter un texte.
La plus grosse poutine du monde - le plus récent titre avec lequel la Gatinoise décroche son quatrième Prix LeDroit dans la catégorie jeunesse en 10 ans - s'inscrit justement dans une collection de la maison d'édition Bayard qui fait éclater la forme classique. Pour les besoins de son histoire, Mme Poulin a donc inclus, dans sa trame narrative, des dialogues sous formes de textos ou encore de reproductions de courriels.
«Dans ce cas précis, je n'ai pas vu ça comme une contrainte, mais plutôt comme une consigne amusante qui m'a forcée à aller à l'essentiel de l'histoire», soutient-elle. 
Certes, l'idée d'offrir ainsi une maquette évoquant tantôt un écran d'ordinateur, tantôt celui d'un téléphone intelligent peut paraître paradoxale. Mais «cette collection de Bayard cherche spécifiquement à rejoindre les lecteurs récalcitrants, en proposant une mise en page différente», souligne Andrée Poulin. 
Car pour contrer les effets du désintérêt marqué pour les livres qu'elle constate «surtout au secondaire», elle croit qu'«il faut nous demander comment utiliser ces nouveaux outils pour rétablir l'équilibre et développer, stimuler la lecture chez nos jeunes».
Pour y arriver, en plus d'écrire des histoires qui les «accrochent», les auteurs devront cependant s'engager de plus en plus dans la promotion de la lecture. 
«Faire de l'animation dans les écoles relève du devoir et de la question de survie», fait valoir Mme Poulin.
C'est sans oublier que «de bons lecteurs font de bons citoyens et une main-d'oeuvre qualifiée, d'où l'importance de favoriser le plaisir de lire», conclut-elle.
L'histoire
Thomas a 14 ans, une mère disparue et un père absent. Mais aussi des amis et une idée en tête: établir le record de la plus grosse poutine du monde dans l'espoir, qui sait, d'attirer l'attention de celle qui lui manque si cruellement...
L'inspiration
C'est en visionnant une vidéo d'élèves du secondaire du Saguenay-Lac Saint-Jean tentant d'établir le record de la plus grosse poutine sur Internet (!) qu'Andrée Poulin a eu l'idée de base de son roman. Mais l'auteure ne le cache pas: elle maîtrise mieux le drame que l'humour, si bien que son histoire, qui devait a priori être drôle, a pris une courbe plus dramatique en cours d'écriture.